dimanche 27 juillet 2008



Il y a une année, nous parcourrions un peu au hasard le Nord de l'Argentine, de Salta à Mendoza, en longeant la Cordillère. Ruines, rencontres improbables, quebradas ou mines abandonnées, les images et les musiques entendues à chaque halte improvisée reviennent comme s'il fallait tout revivre une fois en souvenir avant de pouvoir vraiment rentrer...

En voici quelques-uns, de ces souvenirs, pour les lecteurs de ce blog. La musique est issue d'un disque gravé artisanalement dans un restaurant de Chilecito, en Rioja.





















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dimanche 20 juillet 2008

Voici un article inéressant sur la récupération de certaines oeuvres musicales par le pouvoir du Nicaragua, paru dans El país puis dans le Courrier International de cette semaine.

Carlos Mejía Godoy, chantre de la révolution sandiniste, a interdit au gouvernement d’utiliser ses chansons à des fins de propagande. L’écrivain Sergio Ramírez* le défend.

Carlos Mejía Godoy, le plus célèbre des auteurs-interprètes du pays, a décidé d’interdire l’utilisation de ses chansons comme moyen de ­propagande lors des manifestations publiques du gouvernement présidé par Daniel Ortega [élu en no­vembre 2006] et sa femme, Rosario Murillo. Il a donc adressé une lettre à cette dernière, dans laquelle il justifie sa décision en invoquant ses droits, protégés par la Société générale des auteurs et éditeurs espagnols (SGAE). Les raisons de son refus sont simples. “Dans la situation dramatique que vit notre peuple, à nouveau menacé par une dictature familiale, réplique sordide de la tyrannie des Somoza, je ne peux permettre que mes chansons, précisément inspirées par le sacrifice et l’immolation de milliers de frères nicaraguayens, servent de fond musical pour poursuivre, du haut d’estrades fleuries, la tragi-comédie la plus honteuse de ces dernières années.”
Il ne pouvait pas y avoir de pire offense pour le couple Ortega, détenteur du pouvoir absolu. Le chantre de la révolution leur refuse sa musique et, du même coup, le titre de révolutionnaires qu’ils s’octroient chaque jour dans leurs interminables discours. Il a par ailleurs clairement exprimé qu’il ne voulait pas d’argent, ses chansons n’étant pas à vendre pour de la propagande officielle. Il refuse purement et simplement qu’on les utilise. Depuis, une véritable avalanche de reproches s’est abattue sur lui dans les médias à la solde du gouvernement, et on a vu resurgir les accusations portées trente ans plus tôt par les porte-parole de la dictature de Somoza, lorsque les ­compositions de Carlos ouvraient la voie à l’insurrection populaire. Certains exigent même que les droits sur sa musique lui soient retirés par décret présidentiel, comme s’il s’agissait d’une entreprise d’élevage, d’une banque ou d’une usine de produits laitiers.

“Cette œuvre appartient au sang de ceux qui sont tombés”

Malgré leur emphase mielleuse, les réactions des dirigeants ne parviennent pas à masquer l’atrocité qu’il y a à réclamer la confiscation de l’œuvre du compositeur, riche de plus de deux cents chansons. “Certes, les règles du droit peuvent entraîner une action en justice appuyée par la Société des auteurs espagnols, mais elles ne doivent pas pour autant nous faire renoncer à cette œuvre qui, qu’on le veuille ou non, appartient au sang de ceux qui sont tombés, et que respectent des centaines de milliers de Nicaraguayens membres du FSLN [Front sandiniste de libération nationale, le parti au pouvoir]. Et l’on veut à présent les réduire au silence et leur faire oublier ces chants révolutionnaires”, écrivait, le commandant Tomás Borge, ancien ministre de l’Intérieur et proche du couple Ortega. Cette vieille idée atrabilaire selon laquelle les auteurs ne sont pas propriétaires des fruits de leur talent, mais que c’est le peuple qui inspire l’artiste par ses épopées (par “peuple”, comprenez “parti politique”), semblerait inoffensive de nos jours, à une époque où les partis uniques, détenteurs de la pensée unique, ont été partout dépossédés de leurs vieilles prérogatives.
Mais ce n’est pas le cas au Nicaragua, où l’Histoire semble replonger dans les ténèbres du monopole d’un pouvoir qui veut également s’imposer aux esprits, aux sentiments, à la pensée et à l’imagination. Mme Murillo ne laisse planer aucun doute sur cette volonté de domination totale lorsqu’elle déclare : “Dans la vie, certaines choses ne nous appartiennent pas personnellement, et n’appartiennent à personne. Elles ne relèvent pas de la propriété, qu’elle soit individuelle ou privée. C’est le cas des morts, par exemple, de l’espoir collectif, de la création collective, de la douleur collective ou des triomphes collectifs.”

Les morts se voient ainsi confisqués

Le vieux poids du collectif. Dans cette immobilité historique exigée par un pouvoir absolu, tout est gelé. Les morts, par exemple, qui eux aussi se voient ainsi confisqués. L’épopée de la révolution entreprise par ma génération reposait sur une profonde croyance dans des valeurs éthiques, représentées par un détachement des biens matériels, une solidarité illimitée et un sentiment de compassion envers les plus humbles. Nous voulions construire un monde différent, un monde de justice et d’équité. Notre vie n’était alors qu’un instrument pour atteindre ce monde nouveau. Ainsi, à l’heure du triomphe sur la dictature de Somoza [en 1979], ceux [le FSLN] qui prirent les rênes du pouvoir étaient des survivants, convaincus qu’ils n’auraient jamais fini de payer leur dette aux morts.
Mais aujourd’hui les rôles ont été tragiquement inversés, et de cette épopée, que Carlos Mejía Godoy glorifie précisément dans ses chansons, il ne reste plus que des frises, des tapisseries déchirées et mangées aux mites. Ceux qui sont tombés pour cette cause doivent se retourner dans leur tombe en voyant la nouvelle scène du pouvoir, qui représente tout le contraire de ce que les chansons exaltent. Et voilà qu’on voudrait apposer sur ces chansons le vieux cachet desséché du collectif : espoir collectif, création collective, douleur collective, triomphe collectif, toute une fantasmagorie dont les personnages, vidés de substance et de sens éthique, se contorsionnent de façon pathétique. Une fois de plus, la geste héroïque des héros est transformée en théâtre d’horreur. Et s’il y a un endroit où elle reste intègre, c’est dans la musique de Mejía Godoy.
Mme Murillo évoque sans ambages le concept voulant que le peuple, considéré comme un ensemble unanime et abstrait, s’incarne dans un parti total. “Les chansons de Carlos, malgré leur compositeur, continueront à appartenir au Front sandiniste qui a fait la révolution et qui, dans cette lutte mythique, les a inspirées et dictées. Au Front sandiniste qui continuera, en outre, à révolutionner l’Histoire.” Des raisons visiblement plus que suffisantes pour confisquer le patrimoine créatif d’un artiste, au nom d’un parti auquel on donne le rôle impossible de détenteur de l’Histoire et celui, plus impossible encore, de continuer à la révolutionner.

* Sergio Ramirez fut vice-président du premier gouvernement de Daniel Ortega (1985-1990)

Voici l'une des chansons les plus connues qu'interprète Carlos Mejía Godoy. Et bientôt, quelque chose de plus personnel...



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samedi 19 juillet 2008

Encore un film argentin comme on les aime, une de ces histoires simples et sans prétention où chaque dialogue nous confronte à un choix de vie, où chaque prise de vue rappelle un morceau de cette Argentine aux longs chemins droits, aux trop nombreux villages de fin du monde, aux paysages dévastés qui pourraient être partout, mais qui ne sont que là.
Un lugar en el mundo, un lieu dans le monde, c'est l'histoire d'Ernesto, de ses 12 ans, de ses parents revenus en Argentine après l'exil politique pour monter une coopérative agricole dans les montagnes de San Luís. L'impasse dans laquelle s'enfoncent progressivement les paysans, coincés entre les idéaux du père d'Ernesto, instituteur du village, et les appâts très matériels que leur tend le propriétaire le plus puissant de la région pour racheter leurs terres en vue de la construction d'une centrale hydro-électrique, telle est, en gros, l'intrigue du film. Mais davantage qu'à un petit polar écolo-politique, c'est à une réflexion sur l'humain et ses rêves que nous invite Aristarain: que peuvent les idées dans un monde où la personne l'emporte toujours sur la communauté - et ce d'autant plus lorsque la personne a faim...? Ces grandes choses auxquelles on a cru, celles pour lesquelles certains sont morts, que valent-elles face à la souffrance de l'instant?
Aristarain nous confronte à des personnages sans nuances, fidèles à ce qu'ils ont été au détriment, peut-être, de leur lucidité - et donc infiniment touchants. Mario, le père d'Ernesto, Ana, sa mère, Hans, l'ingénieur germano-espagnol, ou Nelda, la bonne-soeur anarchiste, sont les reliques d'un combat qui, apparemment, n'a plus lieu d'être. Et pourtant, sans eux, pas de rêve, pas d'Histoire, pas d'espoir...





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samedi 5 juillet 2008

Elle semblait un peu trop lisse, cette libération militarisée, et pourtant sans une goutte de sang versé. Aucune image sur internet, pas de détails, juste quelques adjectifs pour en saluer la réussite: "parfaite", "impeccable", "remarquablement maîtrisée", etc. Et ce juste après qu'Alavaro Uribe demande la convocation d'un référendum pour prouver que le peuple tient à lui - démarche chère, soit dit en passant, à toutes les merdocraties aux tentations dictatoriales.
Et voilà que depuis hier, sur les ondes de la Radio Suisse Romande, qu'on ne peut pas accuser d'être sensationnaliste ou peu sérieuse, circulent des rumeurs (appuyées tout de même par des personnalités connaissant bien les procédés des services secrets colombiens et états-uniens) sur le fait que la brillante opération militaire n'était en fait qu'une tractation financière: 20 millions de dollars contre les 15 otages. Connaissant Uribe et les antécédents de toute cette histoire - les fameux ordinateurs de Reyes, les court-circuitages systématiques des missions humanitaires ou diplomatiques étrangères, etc. - on ne peut que se dire qu'il doit sans doute y avoir une bonne part de vérité dans l'histoire.
Voici donc le lien de la page de la RSR où vous trouverez un bref compte-rendu écrit de la situation, des interviews et quelques analyses troublantes sur le sujet.
Etant bien entendu, comme pour toutes les grandes affaires internationales ou de grandes puissances et de gros sous sont impliqués, que la vérité vraie ne sera vraisemblablement connue que dans plusieurs années, si tant est elle qu'elle soit pleinement révélée un jour.

jeudi 3 juillet 2008

15 otages colombiens, dont Ingrind Betancourt, ont été libérés en Colombie, c'est une bonne chose dont on ne peut que se réjouir. Il y aurait - il y aura - beaucoup à dire sur certains détails troublants (les photos d'Ingrid Betancourt en novembre comparées à son état actuel, le fait qu'il resterait au main des FARC 24 otages, alors qu'on nous parlait de plus de 700 prisonniers, la manière pour l'instant assez peu claire dont nous a été décrit le déroulement de cette opération militaire, etc.), mais vu la débauche d'information que nous recevrons ces prochaines semaines, faisons le choix, ici, de la sobriété.
Voici deux pièces musicales qui racontent la liberté. La première est une chanson de Cesar Isella, Coplas a la libertad (couplets à la liberté), dont je viens de transcrire les paroles. Cette chanson (rare) est gravée sur le disque Los Grandes en vivo, paru en 1984. Isella chantait à l'Estadio Obras, à Buenos Aires. Elle me semble de circonstance. Vous trouverez la traduction à la suite du texte en espagnol.
La seconde pièce est En libertad, de Inti-Illimani, interprété ici par le groupe chilien accompagné de Paco Peña et John Williams, lors d'un concert à Santiago du Chili en 2001.

Il se peut que le chargement des morceaux prenne quelques secondes, soyez patients!



Cesar Isella, Coplas a la libertad

Conozco la perfección
Pero de muy raro modo
Buscando no decir nada
Poder expresarlo todo.

Arbolito y arbolito
Con el rocío no llores
Estan presas tus raíces
Pero tus ramas dan flores.

Libertad, yo te libero,
Haces que mi canto vibre,
Porque no puedo ser libre,
Ni tampoco prisionero.
Ay de mi!

Viví acerca de un río,
Pero estoy muerto de sed,
El río enseña a marcharme
Pero no enseña a beber.

Viví juventud lejana
Tan cerca la muerte ví
Que de pronto tuve ganas
De vestir luto por mi.

Libertad...

Yo reniego y desconfío
Del agua dulce, del mar
Y de cada verso mío
Que me nació sin llorar

Escuchas risas y aplausos
Provocas una emoción
Tu canción, esta, es ya trisas,
Pero aún es tu canción

Libertad...

Quien recuerda como yo
Las fosas que abrió la guerra
Estan cubiertas de tierra
Y que la guerra existió

Los dueños de la soberdia
Tenían siempre razón
El no equivocarse nunca,
Era su equivocación

Libertad...


Je connais la perfection
Mais sous une forme très étrange
En essayant de ne rien dire
Pour pouvoir tout exprimer.

Petit arbre, petit arbre,
Ne pleure pas des larmes de rosée
Tes racines sont emprisonnées
Mais tes branches donnent des fleurs.

Liberté je te libère,
Tu fais que mon chant vibre,
Car je ne peux être libre,
Ni prisonnier.
Pauvre de moi!

Je vécus près d'un fleuve
Mais je suis mort de soif
Le fleuve m'enseigne le mouvement
Mais il n'apprend pas à boire.

J'ai vécu une jeunesse lointaine
J'ai vu la mort de si près
Que soudain j'ai eu envie
De porter mon propre deuil.

Liberté...

Je renie et me méfie
De l'eau douce, de la mer
Et de chacun de mes vers
Qui est né sans pleurs

Tu entends des rires et des applaudissements
Tu provoques une émotion,
Ta chanson, celle-ci même, est déjà un refrain,
Mais c'est toujours ta chanson

Liberté...

Qui se souvient comme moi
Des fosses qu'ouvrit la guerre
- Elles sont recouvertes de terre -
Et que la guerre exista.

Les maîtres de l'arrogance
Avaient toujours raison
Ne jamais se tromper,
Telle fut leur erreur.




Inti-Illimani: En libertad


Quisiera tener alas para volar,
para volar,
quisiera tener alas para volar,
quisiera tener alas para volar.
Para volar
cruzar por el espacio en libertad
cruzar por el espacio en libertad.
En libertad, como los pajarillos
en libertad
que nadie me pregunte: ¿a dónde vas?

Camino sin fronteras quisiera ser,
quisiera ser,
camino sin fronteras quisiera ser,
camino sin fronteras quisiera ser.
Quisiera ser,
sin prisa ni motivo para volver
sin prisa ni motivo para volver.
En libertad, como los pajarillos,
en libertad,
que nadie me pregunte: ¿a dónde vas?

Quisiera ser espuma y ola en el mar,
ola en el mar,
quisiera ser espuma y ola en el mar,
quisiera ser espuma y ola en el mar.
Ola en el mar
que llega hasta la orilla y vuelve atrás
que llega hasta la orilla y vuelve atrás.
En libertad, como los pajarillos,
en libertad.
Que nadie me pregunte: ¿a dónde vas?

Un beso cada día al despertar,
al despertar,
un beso cada día al despertar,
un beso cada día al despertar.
al despertar,
de labios que te dejen en libertad
de labios que te dejen en libertad.
En libertad, como los pajarillos,
en libertad.
Que nadie me pregunte: ¿a dónde vas?


Je voudrais avoir des ailes pour voler
pour voler
Je voudrais avoir des ailes pour voler (2x)
pour voler
Traverser l'espace en liberté (2x)
En liberté, comme les petits oiseaux,
En liberté
Que personne ne me demande: où vas-tu?

Je voudrais être un chemin sans frontières
Je voudrais être
Je voudrais être un chemin sans frontières (2x)
Je voudrais être
Sans hâte ni raison pour revenir (2x)
En liberté, comme les petits oiseaux,
En liberté
Que personne ne me demande: où vas-tu?

Je voudrais être de l'écume et une vague dans la mer
Une vague dans la mer
Je voudrais être de l'écume et une vague dans la mer (2x)
Une vague dans la mer
Qui arrive jusqu'à la rive et reparte (2x)
En liberté, comme les petits oiseaux,
En liberté
Que personne ne me demande: où vas-tu?

Un baiser chaque jour au réveil
au réveil
Un baiser chaque jour au réveil (2x)
au réveil
De lèvres qui te laissent en liberté (2x)
En liberté, comme les petits oiseaux,
En liberté
Que personne ne me demande: où vas-tu?


mardi 1 juillet 2008

L'une des idées qui préludaient à la création de ce blog était de mettre à disposition de tout le monde un certain nombre d'oeuvres poétiques et musicales d'Amérique latine difficilement accessibles, voire inconnues de ce côté-ci de l'Atlantique. Intention peu concrétisée jusqu'à présent pour des raisons techniques, mais voilà, j'ai enfin trouvé la solution pour proposer sans pirater! A partir de maintenant, si vous cherchez quelque chose de spécifique, n'hésitez pas à m'écrire et je ferai mon possible pour le mettre en ligne sous la forme du mini-lecteur ci-dessous.
Comme premier apport, voici une magnifique chanson de Daniel Viglietti, poète uruguayen né en 1939, dont nous connaissons souvent les chansons grâce aux voix de Victor Jara, Isabel Parra, Soledad Bravo ou Mercedes Soza. Ici c'est Viglietti qui chante, en 1983, lors d'un concert pour la paix à Managua.
Cette chanson, Declaración de amor a Nicaragua, n'est malheureusement pas traduisible. Je vous donne le texte ci-dessous. Viglietti joue sur les mots avec des noms de personnages politiques de la révolution sandiniste et de pays voisins du Nicaragua. Les termes déformés sont en italiques dans la transcription.



Declaración de amor a Nicaragua (1983)

Aquella mancha libre sobre el cielo,
aquellas nebulosas como hielos
son la pura apariencia del desvelo,
del sueño que despierta en nueva mano,
altura que se sube hacia lo humano
donde la estrella sabe que ese signo
es el sombrero en alto de Sandino.

Debajo del sombrero están dos alas
por un pueblo de pájaros guardadas.
Si hay riesgo da el zanate campanadas
llamando amaneceres que nos tienten.
No sabe el corazón que de repente
no es él, todo cambió, nada es lo mismo.
Es el sombrero en alto de Sandino.

El amador se me rugama de ternura,
masaya como un león y se apresura,
se guatemala todo y se me hondura
y sube a una escalera tan laviana
que el sol todo asombrado lo reclama,
le dice “corazón, vení, vení, vení conmigo”.
Es el sombrero en alto de Sandino.

Todo parece casi seco en el planeta, en esta fragua,
y sin embargo mana agua, mana agua, mana agua en Nicaragua.
La vergüenza se quita las enaguas
y se desnuda toda, toda, toda, toda revelada.
Diriamba que anda enamorada
de ese volcán humano, tierno como un niño.
Es el sombrero en alto de Sandino.

Es nuestroamericano el compañero,
es nuestra la cabeza y la idea y el sombrero,
son nuestras las fronteras, los aceros
con que hemos de cortar tantos entuertos,
decirle más verdades a lo cierto,
decirle más y más y más verdades a lo cierto,
que el amador se nos rugama de tan vivo.
Es el sombrero en alto de Sandino.


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