jeudi 25 octobre 2007

Par Reprise d'article:
Editorial de Benito Perez paru dans Le Courrier du mercredi 24 octobre 2007

Sauf cataclysme, Cristina Fernández deviendra dimanche la première Argentine élue à la présidence du pays, en lieu et place de... son époux Néstor Kirchner! Une succession invraisemblable, probablement unique dans l'histoire de la démocratie, et pourtant attendue avec un désintérêt poli par les Argentins. Elu en 2003, Néstor Kirchner est en passe de réaliser un vrai tour de passe-passe constitutionnel. Se sachant populaire, le Patagonien aurait pu se présenter avec l'assurance de voir son mandat prolongé jusqu'en 2011. Mais la fête du clan Kirchner se serait arrêtée là: la Constitution argentine interdit en effet le troisième mandat. En présentant son épouse et principale conseillère politique, le président tente donc d'instaurer une curieuse alternance – quatre ans pour moi, quatre ans pour toi, Kirchner pour tous! Il ne s'agit pas ici de nier les compétences de la sénatrice Fernández. Siégeant depuis près de vingt ans au parlement, c'est une femme politique confirmée et courageuse. Mais serait-elle élue, avant le premier tour, pratiquement sans débat, si elle n'était «la femme de»? L'absence d'une vraie campagne en cette année électorale renforce le malaise autour du caractère dynastique de la succession. Habile clientéliste, Néstor Kirchner s'est ingénié, quatre ans durant, à diviser la gauche comme la droite. La classe politique argentine – conspuée par la rue lors de la révolte de 2001 – est loin d'avoir terminé sa recomposition: la candidate «kirchnériste» ne s'est vu opposer que des alliances brinquebalantes, sans orientations politiques définies, et des dizaines de candidatures de témoignage dont l'extrême gauche s'est fait une spécialité. Au-delà de l'absence d'une alternative crédible et des réelles qualités de la candidate, le soutien des Argentins au projet de continuité du clan Kirchner n'est pas absurde en soi. Au regard de la profonde crise des années 1998-2002, le bilan de la législature finissante brille de mille feux! La dévaluation du peso et la hausse des prix des matières premières ont permis une croissance vigoureuse, faisant reculer la pauvreté et le chômage. Moins dogmatique que les néolibéraux des années 1990, Néstor Kirchner a su distribuer quelque peu les fruits de cette croissance, sans toucher aux classes privilégiées. Un équilibrisme électoralement payant. Reste que la structure économique du pays demeure identique à celle qui l'avait conduit à la crise. Désindustrialisé, axé sur la main-d'oeuvre bon marché, sans maîtrise de ses ressources naturelles, l'Argentine continue d'importer massivement, laissant l'inflation exploser, au risque de subir de plein fouet un retournement conjoncturel international. Ces problèmes – et de nombreux autres – auraient mérité un vrai débat politique national. En lieu et place, les Argentins ont eu droit à une non-élection. A une succession.

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