mercredi 26 novembre 2008

[La vidéo liée à ce message ne peut être visionnée que sur le site 8 Méridiens ∞ Parallèles 8]

Buenos Aires, 1983. Derniers jours de la dictature. Floreal sort de prison et se dirige, sans détour, vers le domicile où l'attend sa femme. Mais pour franchir la porte qui le sépare de ces retrouvailles et de la vie, il lui faudra une nuit. Une nuit d'errances, de souvenirs et de fantasmes, d'entrelacs, pour régler ses comptes avec un passé qu'il n'a vécu que par bribes, de loin, de dehors. Une nuit pour revenir au monde, pour revenir à l'amour, pour revenir au sud.

Floreal chemine, dans son quartier et dans ses rêves, guidé par un vieil ami décédé, revenu tout exprès lui expliquer comment perdre ses illusions. Durant les quelques heures qui le séparent de l'aube et de la réalité, il aura à affronter les ombres des disparus, des traîtres, des indifférents, de ses parents, de vieux généraux séditieux, de ses maîtresses d'un jour ou d'une heure; à renoncer définitivement à "la table des rêves", où son père et quelques autres projetaient un monde meilleur avant que tout ne bascule; à rechercher ce qui n'est plus, ceux qui manquent, pour les étreindre une dernière fois et s'en absenter définitivement.

Le temps dans lequel bascule soudain Floreal au moment de sa libération est celui de la reconstruction: comment reconstruire un homme? Un pays? Telles sont peut-être les questions que nous pose Sur en nous promenant dans la nuit brumeuse d'une Buenos Aires défaite, déserte, jonchée des papiers déchirés et des banderoles déprimées qui viennent certes de chasser les tyrans, mais qui, pour l'homme en quête de soi, ne disent rien. Ces mots écrits, slogans répétitifs et presque absurdes tant ils sont anonymes, appartiennent eux aussi au passé proche que Floreal n'a pas vécu, sur lequel il n'a aucune prise. Et le vent les chasse. Ce qui compte, ce qui reste, c'est le mot-son, parce qu'il (re)crée celui qui le profère et celui qui l'entend. Sur est un univers silencieux où chaque parole articulée est une réflexion sur la vie, sur la possibilité d'être au-delà des blessures et des trahisons, au-delà même de la mort. Tout ce qui parle, ici, permet de tisser un lien entre l'oubli et la mémoire − de revenir.

Dès lors, parler de Sur, c'est se confronter à l'incertain, à l'obscurité, à la brume, à un temps hors du temps qui semble ne jamais devoir finir: une forme de surréalisme qu'un certain cinéma argentin privilégie encore pour nous rappeler la vanité de vouloir à tout prix donner un sens à l'existence. Peut-être ferait-on mieux, finalement, de s'en remettre aux quelques phrases qui traversent la nuit de Solanas, aux quelques échos de tango qui préservent, pour un temps, le sentiment d'une éternité sans cesse à réécrire, à la poésie de toutes ces choses qui s'absentent et qui restent.




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5 Commentaires:

  1. Dul a dit...
    Un peu hors sujet, mais petite remarque, ici personne n'utilise son prénom, aussi bien sur les affiches électorales que dans les journaux il est Pino Solano.

    Du coup j'ai toujours du mal à associer Fernando Solano avec Pino Solano.
    Nathalie a dit...
    C'est vrai Dul, on parle plus facilement de Pino Solanas et sur son site, c'est plus précisément Fernando "Pino" Solanas qui figure.
    Mais dans la mesure où j'ai toujours le vague espoir que certaines personnes aient envie d'approfondir un sujet, voir même de se procurer le DVD dont je parle, je donne le nom officiel, celui sous lequel se vendent les produits. Et en l'occurrence, sur toutes les affiches et tous les DVD que j'ai, c'est bien "Fernando E." le prénom de Solanas.
    Dul a dit...
    Oui oui je te comprends tout à fait, c'était juste une constatation face à une bizarrerie.
    sounet62 a dit...
    Et ce DVD, comment on peut se le procurer? La nostalgie d'"El Sur" m'a tué et je rêve de m'y replonger mais c'est un des films de Solanas qu'on ne trouve nulle part. Merci de me donner le tuyau.
    Nathalie a dit...
    Vous pouvez vous procurer le DVD dans le shop en ligne de l'éditeur Trigon, ici:
    https://www.trigon-film.org/fr/shop
    Il y en a de nombreux autres.
    Les films sont toujours sous-titrés en français et en allemand (à choix).