dimanche 2 novembre 2008

[Pour écouter la piste son associée à ce message, rendez-vous sur le site 8 Méridiens ∞ Parallèles 8]

Pour Michèle
Voir et revoir El viaje de Fernando Solanas, c'est tout ce que l'on peut conseiller à ceux qui, un jour, ont rêvé l'Amérique latine, l'ont découverte, avec ses bizarreries, ses incohérences, ses possibles et ses impensables, et ont compris que leurs rêves, leurs projections, auraient toujours à se confronter à une réalité souvent en marge de toute description, de toute explication, de toute parole.
Voyage initiatique d'Ushuaïa au Mexique, El viaje est une quête à travers un continent blessé, la recherche d'un père qui conduira Martín Nunca (Martin Jamais) à comprendre que c'est toujours soi qu'on cherche, d'abord, lorsqu'on prend la route.
Paru en 1992, El viaje est aussi une lecture métaphorique des différents problèmes qui submergent l'Amérique latine (dette extérieure, soumission aux États-Unis, corruption, etc.), une représentation militante des combats des peuples contre la soumission choisie par leurs gouvernements. Une Argentine inondée en permanence, une terre de feu où l'on vit plus ou moins penché en fonction de la valeur en bourse des investissements étrangers, un Pérou silloné par un "camion de la dette" qui demande un tribut à chaque paysan, où on achète le sel au dé à coudre et les allumettes à l'unité, un Brésil où chaque citoyen vit avec une espèce de camisole de force pour marquer sa participation au redressement de l'économie, et une panoplie de personnages improbables: Alguien (= quelqu'un) le batelier qui permet à Martín de traverser l'Argentine immergée; Americo Inconcluso (= Inachevé), le conducteur de poids lourd presque aveugle, fils d'esclaves cubains et colombiens; le grand-père de martin, Nunca premier du nom, qui bien que décédé, remonte l'inondation argentine dans son cercueil; son épouse, qui préfère vivre dans un mètre d'eau en permanence plutôt qu'abandonner les anciennes luttes; ou encore le "faiseur de bruit" infatigable, qui joue du gong jour et nuit pour rappeler aux autorités l'existence du peuple... Solanas a choisi la voie du surréalisme pour représenter un continent qui, à bien y réfléchir, est surréaliste par bien des aspects.
Ce film, je vous l'offre aujourd'hui à travers sa bande son, en pensant tout particulièrement à Michèle qui part demain au Pérou, enfin, après avoir tant rêvé ce voyage!


El Viaje
(Astor Piazzolla, int. Liliana Herrero)
voy hacia mi viaje, voy
y soñando partiré
sé que ya no sé quien soy
y no sé ni adonde voy
sé que un viaje es descubrir
que no hay viaje sin sufrir
sé que busco mi verdad
y que un viaje es soledad

soy como una bicicleta
rueda, rueda mi historieta
sé que al fin voy a llegar
siempre, siempre regresar
soy todo lo que viví
más las dudas sobre mí
sé que siempre seré igual
si hay resquesta al final

voy hacia mi viaje, voy
y soñando partiré
sé que ya no sé quien soy
y no sé ni adonde voy
sé que un viaje es descubrir
que vivir es elegir
sé que busco mi verdad
y que un viaje es soledad
*
Je vais, je vais vers mon voyage
et je partirai en rêvant
je sais que je ne sais déjà plus qui je suis
et je ne sais même pas où je vais
je sais qu'un voyage, c'est découvrir
qu'il n'y a pas de voyage sans souffrir
je sais que je cherche ma vérité
et qu'un voyage, c'est la solitude

Je suis comme une bicyclette
roule, roule ma petite histoire
je sais qu'à la fin j'arriverai
toujours, toujours revenir
je suis tout ce que j'ai vécu
avec, en plus, mes doutes
que sais que je serai toujours le même
s'il y une réponse à la fin

Je vais, je vais vers mon voyage
et je partirai en rêvant
je sais que je ne sais déjà plus qui je suis
et je ne sais même pas où je vais
je sais qu'un voyage, c'est découvrir
que vivre, c'est choisir
je sais que je cherche ma vérité
et qu'un voyage, c'est la solitude.
(Ma traduction)

1 Commentaire:

  1. Michèle a dit...
    Touchée
    Merci Nathalie, mes yeux débordent un peu, le sourire aux lèvres, comme les tout petits...