mercredi 20 mai 2009

Mario Benedetti, l'un des plus grands poètes uruguayens du XXe siècle, est décédé dimanche 17 mai à Montevideo.
Né en 1920, Benedetti quitte l'école à l'âge de 14 ans. Il est tour à tour mécanicien, vendeur, libraire, pigiste, employé de commerce avant de devenir journaliste, en 1945, pour le quotidien argentin Marcha. Son premier recueil de poèmes, La víspera indeleble, paraît à la même époque. Il en publiera plus de 30 jusqu'en 2008, ainsi que de nombreux romans, essais, nouvelles, pièces de théâtre.
Benedetti fut sans doute la personnalité la plus marquante du monde culturel uruguayen de la seconde moitié du XXe siècle, dans son pays comme à l'étranger. Après deux ans de collaboration avec la Télévision Française, il fonde en 1968, à la Havane, le Centre de Recherche Littéraire de la Maison des Amériques, puis dirige, entre 1971 et 1973, le département de littérature latino-américain de l'Université de Montevideo. Très impliqué politiquement, il fonda et dirigea pendant de nombreuses années le Mouvement du 26 mars.
Benedetti a collaboré avec de nombreux artistes qui ont mis en musique ses poèmes. Deux scénadios de films, El lado oscuro del corazón I et II, sont basés presque intégralement sur ses écrits. Plusieurs lectures et spectacles dans lesquels l'auteur lui-même présentait ses textes ont par ailleurs ponctué cette longue carrière.
Mario Benedetti était apprécié de toutes les générations, en Amérique latine, qu'il a marquées par ses poèmes. De nombreux hommages lui sont rendus sur le web où l'on peut également trouver des enregistrements anciens de ses lectures. Voyez le site de Perrerac et "Los que no se consiguen". Le site "A media voz" offre également la possibilité d'écouter de nombreux poètes en ligne, en tout légalité.
Dans mon blog, j'ai déjà rédigé plusieurs articles sur l'oeuvre de Benedetti. Vous les trouverez grâce au moteur de recherche situé au haut de cette page.
Ci-joint, deux poèmes de Benedetti, l'un mis en musique et chanté par Nacha Guevara, le second lu par Benedetti lui-même. Les traductions se trouvent sous le texte en espagnol.


Vos lo dijiste (A la izquierda del roble)

Vos lo dijiste

nuestro amor
fue desde siempre un niño muerto
sólo de a ratos parecía que iba a vivir
que iba a vencernos
pero los dos fuimos tan fuertes
que lo dejamos sin sangre
sin su futuro
sin su cielo
un niño muerto
sólo eso
maravilloso y condenado
quizá tuviera una sonrisa
como la tuya
dulce y honda
quizá tuviera una alma triste
como mi alma
poca cosa
quizá aprendiera con el tiempo
a desplegarse
a usar el mundo
pero los niños que así vienen
muertos de amor
muertos de miedo
tienen tan grande el corazón
que se destruyen sin saberlo

Vos lo dijiste
nuestro amor
fue desde siempre un niño muerto
y qué verdad dura y sin sombra
qué verdad fácil y que pena
yo imaginaba que era un niño
y era tan sólo un niño muerto
ahora qué queda
sólo queda
medir la fe y que recordemos
lo que pudimos haber sido
para él
que no pudo ser nuestro
qué más
acaso cuando llegue
un veintitrés de abril y abismo
vos donde estés
llevale flores
que yo también iré contigo.


Tu l'as dit (A gauche du chêne)

Tu l'as dit
notre amour
fut depuis toujours un enfant mort
parfois seulement il semblait qu'il allait vivre
qu'il allait nous vaincre
Mais nous fûmes si forts ensemble
que nous le laissâmes exangue
sans son futur
sans son ciel
Un enfant mort
seulement cela
merveilleux et condamné
Peut-être aurait-il un sourire
comme le tien
doux et rond
Peut-être aurait-il une âme triste
comme mon âme
peu de chose
Peut-être apprendrait-il avec le temps
a se déployer
a user du monde
Mais les enfants qui ainsi arrivent
morts d'amour
morts de peur
ont le cœur si grand
qu'ils se détruisent sans savoir

Tu l'as dit
notre amour
fut depuis toujours un enfant mort
et quelle vérité dure et sans ombre
quelle vérité facile, et quelle peine
J'imaginais qu'il était un enfant
et il n'était qu'un enfant mort
Aprésent que reste-t-il
Il ne reste
qu'à mesurer la foi et à nous souvenir
ce que nous aurions pu être
pour lui
qui ne put être à nous
Quoi d'autre?
Si jamais, quand viendra
un vingt-trois avril d'abîme
où que tu sois
apporte-lui des fleurs
et j'irai aussi avec toi.





Arte poetica

Que golpee y golpee
hasta que nadie
pueda ya hacerse el sordo
que golpee y golpee
hasta que el poeta
sepa
o por lo menos crea
que es a él a quien llaman.

Art poétique

Qu'il frappe et frappe
jusqu'à ce que personne
ne puisse plus faire le sourd
qu'il frappe et frappe
jusqu'à que le poète
sache
ou du moins croie
que c'est lui qu'on appelle.


2 Commentaires:

  1. Michèle a dit...
    http://www.courrierinternational.com/breve/2009/05/20/la-fondation-mario-benedetti-est-nee
    Louisette passion retriever, cat, memory Katanga a dit...
    Jolis textes traduits.
    Bonjour belge
    http://blog.seniorennet.be/louisette/