mardi 19 janvier 2010

Puerto Montt - Puerto Natales en trois jours de navigation plutôt que 45 minutes d'avion: c'est le luxe du temps qu'on s'octroie pour parcourir l'espace, pour retrouver un rythme de voyage humain. Nous sommes partis de Puerto Montt vendredi vers 17 heures, arrivés dans le chef lieu de la province d'Ultima Esperanza (ca ne s'invente pas!) lundi à 10 heures. 
Le bateau qui nous emmène est un petit ferry pouvant transporter 300 passagers environ. Nous étions deux fois moins.
Notre route: le grand golfe d'Ancud, le golfe de Corcovado, le canal King, puis les longues 12 heures en pleine mer jusqu'au Golfo de Penas, bien nommé, mais par erreur: en effet, à l'origine il s'agissait du Golfo de Peñas, soit Golfe des Rochers, que les Anglais ont transformé en Golfe des Peines (encore heureux qu'il n'aient pas touché aux voyelles...). La mer était très calme. Mais en Patagonie, il faut apprendre que tout est relatif: il fait beau temps quand il ne pleut pas à verses, la mer est calme quand la plupart des passagers sont présents au dîner du deuxième soir ou, pour être plus précis, quand l'impression n'est "que" de passer douze heures dans un pendolino qui pencherait continuellement de gauche à droite, au maximum de ses possibilités. La nuit, on glisse dans sa couchette en touchant alternativement la paroi côté tête et celle côté pieds. Rien de plus. Sinon que depuis que nous sommes à terre, j'ai continuellement l'impression que le sol bouge sous mes pieds.
La fin de la traversée est la partie la plus spectaculaire, dans les golfes patagons, le long de montagnes enneigés qui plongent dans la mer. Nous visitons Puerto Eden sous un demi-soleil, chance inouïe puisque l'escale est le plus souvent supprimée à cause de la pluie. Deux douzaines de maisons colorées, le double de barques de pêche, de l'eau, partout, sur laquelle semble flotter une végétatin toute de mousses et de buissons rabougris. Pour vivre ici, ce dit on, il faut être forcé par une tragédie héréditaire. Ou poète. Et pourtant, quand on apprend que Puerto Eden est muni d'une école primaire et de l'internet à large bande, on relativise. Son cosas de Patagonia.
Le moment le plus fort du voyage est sans doute l'approche du glacier Pío XI, le seul glacier encore croissant en Amérique du Sud, et n'ayant pas atteint sa limite naturelle. Une paroi bleutée de 120 mètres de haut qui plonge dans un fjord d'eau blanche, de la glace qui flotte partout au premier plan et, derrière, invisibles, 15 kilomètres de glacier. Nous sommes sur le Pont, une heure avant au moins avant d'y arriver vraiment. Peu à peu, tous les passagers sont là, avec un vent qui coupe le souffle et blesse le visage, la pluie, le froid. 150 personnes là, silencieuses, à regarder ce qui semble une hallucination, un rêve. 
Le brouillard s'est levé une heure plus tard environ, pour ne disparaître que le lendemain matin au lever du soleil. Comme s'il fallait rester quelques heures sur cette vision pour bien l'assimiler.
Demain nous partons pour 7 jours d'autonomie dans le Parc National. Autre voyage à rythme humain...
J'ai bien essayé d'ajouter quelques photos mais les ordinateurs du coin ne lisent pas ma carte. D'ici une petite semaine peut-être...

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1 Commentaire:

  1. Michèle a dit...
    Depuis le temps où tu lui courrais après... au temps... qu'il fallait dédoubler... je te souhaite encore un long temps... avant de revenir.