lundi 17 mai 2010
- D'abord, et malgré l'urgence, à trop répéter toujours le même message dans les mêmes termes, avec les mêmes exemples, etc., on transforme un discours nécessaire en bruit de fond inutile et vain. L'urgence écologique étant devenue avant tout, pour beaucoup, un argument politique, elle rejoint les autres rengaines à la mode qui rythment nos flashs infos et nos débats. L'ours blanc disparaît pendant qu'on cuit sa ratatouille, paix à son âme et bon appétit.
- L'écologie, dans le discours de ceux qui la soutiennent, est trop souvent l'affaire de Ceux Qui Savent et qui, au lieu d'informer, culpabilisent systématiquement leur interlocuteur. Ajoutez à cela que Ceux Qui Savent sont dans la plupart des cas, force est de le constater, ceux qui ont les moyens (de manger bio, de se payer des médecines complémentaires, de vivre autrement), et on en arrive à quelque chose d'assez insupportable dans la posture du donneur de leçon écologique: ici, c'est le bobo qui instruit le banlieusard; à un niveau plus global, l'Occidental qui a abusé pendant 50 ans, qui vient expliquer aux pays en voie de développement qu'il faut arrêter de se développer...
- Une race alternative à Ceux Qui Savent sont Ceux Qui Ont Trouvé La Solution sous forme de projet idéaliste. Interdisons la consommation de viande un jour par semaine. Lançons un référendum mondial contre le réchauffement climatique. Certes. Et le bruit de fond s'amplifie, et on finit par éteindre la radio pour manger sa ratatouille plus tranquillement.
- Le catastrophisme n'a jamais été la solution. Oui, la situation est urgente; lorsqu'on se penche sur les grands dossiers écologiques, on oscille irrémédiablement entre l'envie de se suicider et celle d'aller poser des bombes, mais soyons raisonnables et avant d'en arriver là, proposons des solutions. Les accents tragiques ne suffisent plus.
- Marie-Monique Robin, Le Monde selon Monsanto, 2007.
- Jawad Rhalib, El Ejido, La Loi du profit, 2007.
- Nicolas Hulot, Le Syndrome du Titanic, 2009.
- Yann Arthus Bertrand, Home, 2009.
- Coline Serreau, Solutions locales pour un désordre global, 2010, et le site du film.
- Le blog Objectif Terre des Hommes: les éco-technologies au service de l'épanouissement humain.
Cartographie: Brésil, Ecologie, Lutte pour la dignité
lundi 11 février 2008
Chronique de : João Guimarães Rosa, Diadorim (1956), Paris, Albin Michel, 10/18, 1991.
Disons-le d’emblée : Diadorim est une épopée moderne, avec tous les ingrédients du genre : un narrateur unique et omniprésent, qui chante parfois davantage qu’il ne raconte ; d’interminables chevauchées entre désert et forêt dans le Brésil du début du XXe siècle soumis à la loi des « jagunços », bandes armées à la solde des grands propriétaires terriens ; beaucoup d’attentes, quelques grandes batailles sanglantes, des alliances, des trahisons, des luttes de pouvoir, un univers presque exclusivement viril (et les bons mots qui vont avec), des chevaux, des rifles, des couteaux, et pas mal de cachaça (le rhum brésilien). Le tout sur 624 pages serrées – de quoi, a priori, tenir à distance plus d’un valeureux lecteur.
Rien ne devait donc m’attirer dans ce roman, et pourtant j’y suis entrée, je l’ai lu et en suis sortie comme après une longue errance. Car il y a un mystère au centre de cette histoire : l’amitié totale et ambiguë entre deux hommes, Riobaldo (le narrateur) et Diadorim, jeune homme à la beauté et au courage troublants. Qui est Diadorim ? Pourquoi Riobaldo doit-il se défendre contre le lien d’« amour véritable » qui l’unit irrémédiablement à Diadorim ? A travers ces questions qui traînent en filigrane tout au long de l’intrigue, le roman guerrier se mue en un magnifique récit d’introspection mené dans la langue à la fois brute et poétique du vieux jagunço, dont on ne saura jamais vraiment à qui il raconte son histoire. Si bien que l’on se prend au jeu. On suit ces cavaliers pour comprendre, pour surprendre Diadorim, le secret. Et on finit même par les accompagner et les soutenir dans leur campagne guerrière qui, sans jamais être haletante, réussit pourtant à nous intéresser. Ajoutez à tout cela un art parfaitement maîtrisé de la description détournée (il n’y a pas de description véritable, et pourtant, on vit le paysage, sa faune, ses arbres, ses fleuves, jusqu’à la consistance de l’air) et vous aurez tous les ingrédients d’un récit en fin de compte parfaitement séduisant.
Il faudrait, bien entendu, pouvoir lire João Guimarães Rosa en brésilien. Aux inventions de la traductrice, on devine une langue travaillée par l’auteur au corps-à-corps, modelée à l’esprit du narrateur qui, en cherchant à restituer une chronologie, tente peut-être avant tout de se comprendre, de saisir ce qui fait l’humain.
Une fresque captivante, émouvante, mais qu’il faut pouvoir lire par tranches de 30 à 50 pages pour garder le rythme de la quête. Idéal pour les vacances !
Cartographie: Brésil, Littérature