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dimanche 31 janvier 2010

Le voyage de Punta Arenas à Ushuaia (prononcer Oussouaïa, et non Ouchouaïa) s'étire dans l'absence, par moment, de tout paysage. Seule une lande brunâtre, des milliers de moutons (dont on dit qu'ils sont devenus aveugles à cause du soleil), et le détroit noirâtre en arrière-plan. Nous sommes arrivés au Chili sous la pluie, nous le quitterons sous la pluie.
La traversée du Détroit de Magellan se fait sur un bac assez petit: deux bus, deux camions et quelques voitures. Nous n'avons pas à attendre, les eaux étant calmes (ce qui est tout de même très relatif puisqu'on ne peut se tenir debout, ni dans le bus ni sur le Pont, sans s'agripper fermement à quelques choses). Quelques belles vagues se déversent sur le pont tandis que des dauphins, et même quelques orques, nous narguent, l'usage d'un appareil photo sans coque étanche étant fortement déconseillé.
On comprend ensuite pourquoi les 170 kilomètres qui séparent l'entrée en Terre de Feu du poste-frontière de San Sebastian, sur l'Atlantique, exigent plus de trois heures de parcours: sur le territoire chilien de l'île, la route n'est pas goudronnée; c'est une piste, complètement défoncée par endroits, assez pénible, où les croisements entre gros véhicules (et il y en a, puisque c'est la seule voie d'accès) s'avèrent difficiles. Ici encore, le paysage est désertique, mais très montueux. La chance nous accompagnera pour le passage de douane: 1 heure en tout et pour tout (certains voyageurs passent 4 heures à attendre au bord du Détroit, et 4 autres à la douane...).
Depuis Río Grande, c'est un minibus d'une douzaine de places qui prend le relais pour les 2 dernières heures du trajet. Il pleut à verses, on file sur la route détrempée, distinguant entre les gouttes des forêts, des lacs et quelques montagnes enneigées. Mieux vaut ne pas penser à la vitesse à laquelle le chauffeur attaque les virages du Col Garibaldi. L'avion a du bon, finalement....
 Notre premier contact avec Ushuaia sera fort humide, et nous avons du mal à croire la chauffeur de taxi qui nous dit que jusqu'au jour précédent, il a fait des temps caniculaires pour l'endroit: 20 degrés et plus. Nous aurons droit, pour notre part, à un paysage hivernal dès notre réveil, le lendemain matin. Ushuaia, qui n'a rien d'une petite ville paradisiaque, étend ses quartiers barriolés et aggrégés les uns aux autres plutôt anarchiquement, ses stations d'essence YPF, son port commercial et touristique, sur plusieurs kilomètres au bord du Canal Beagle. En face, c'est le Chili, à nouveau, et au-delà, l'Antartique. La géographie des lieux n'est pas simple...
En 1978, la ville comptait 8000 habitants; aujourd'hui, plus de 70'000. On voit dans la forêt quelques quartiers aux airs de favellas (en Argentine, on dit "Villa"),  sauvagement élaborés, en abattant les arbres. Ces quartiers, nous a-t-on expliqué, n'existent sur aucun plan cadastral. Mais Ushuaia attire les migrants de toute l'Amérique latine, car il n'y a pas de chomage dans ce paradis du tourisme, de la marine marchande et de l'industrie pétrolière. On peut se demander ce qu'il adviendra des lieux dans dix ans, si la facilité de voyager se perd...
Fort heureusement pour le touriste de 2010, on ne vient pas à Ushuaia pour la ville, mais pour les alentours: un étonnant glacier auquel on monte depuis la mer (le sommet n'est qu'à 1300 mètres), des lacs, le Canal Beagle et ses îles, le Parc National de Terre de Feu. Paradis du marcheur, donc, d'autant que les excursions sont ici beaucoup moins éprouvantes que dans la région des glaciers chiliens et argentins que nous avons visitée précédemment.
A 17'848 kilomètres de l'Alaska, il serait faux de croire que nous sommes arrivés à la fin du monde. C'est bien, ici, le début de tout, la rencontre des forêts et des déserts de pierre, des baleines et des lièvres, des otaries et des orchidées, des cormorans et des pics, des glaciers et de la mer. Nous avons marché sur l'île Bridges avec la sensation de découvrir un nouveau monde. Nous avons découvert comment les Indiens d'ici, au début du XXe siècle, ont été exterminés non pas par la violence, mais par la bonne conscience des Européens. Il vivaient ici nus, en voguant sur des canots élémentaires et en nageant dans les eaux glacées, avec une espérance de vie de 60 ans environ, en se nourrissant de racines et de phoque décomposé. On les a habillés, contraints à manger une nourriture plus décente, ils sont tombés malades et sont morts les uns après les autres. Il semblerait qu'il reste une Indienne Yagan à Puerto Williams, la seule qui comprenne encore quelques-uns des 32'ooo mots que le Docteur Bridges avait recensés dans son dictionnaire.
Ushuaia, que nous quittons demain, c'est tout cela, une sorte de nostalgie d'un monde qui a commencé à disparaître il y a une centaine d'années, et que l'on aura bientôt complètement oublié.








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vendredi 29 janvier 2010

Voici enfin quelques photos, prises et travaillées par Samuel. Je publierai les miennes au retour. Vous pouvez cliquer sur les photos pour les afficher en grand.
Nous sommes à Ushuaïa. Il a neigé cette nuit et le paysage est hivernal. Pendant ce temps, à Buenos Aires où nous partons lundi, il fait plus de 40 degrés, alerte à la canicule et tout ce qui va avec. Le choc thermique risque d'être rude!!

Chiloe




La croisière dans les canaux patagons




Puerto Natales et Torres del Paine







Magellan


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mercredi 27 janvier 2010

Punta Arenas - ville la plus importante de la région Magellan-Antarctique. Elle est agréable, quand on vient de Puerto Natales, sorte de boutique géante pour les touristes rêvant d'aventures extrêmes dans le Parc National. A Punta Arenas, ville coloré légèrement pentue, il y a du tourisme, certes, mais également une vraie vie locale, un marché, un port de marchandises, ... du bruit. Et surtout, il y a le Détroit de Magellan, qui nous est apparu un jour de forts vents (pour changer un peu) comme un grand lac vert foncé, couvert d'écume. 
Nous l'avons longé aujourd'hui, ce lieu aux mille échos de naufrages et d'espérances décues, pour arriver tout à la fin de la dernière route du continent. Journée magnifique, calme, la première du voyage où nous pouvons réellement laisser de côté les vestes. Je m'étais préparée à une vision plate, un bord de mer comme un autre, voire un peu plus laid, qui tranche avec les attentes véhiculées par ces trois syllabes - elles me fascinent depuis un épisode des Mystérieuses Cités d'Or où le narrateur, dans le petit documentaire qui précédait le dessin animé, expliquait que le Détroit de Magellan (qu'il prononcait Magellllllllan) est le lieu où se rencontrent les Océans Atlantique et Pacifique - d'où les courants et les vagues (que nous n'avons pas vues). Or du cap auquel nous sommes arrivés, c'est une perspective magnifique sur la Terre de Feu, en face, et sur les montagnes alentour enneigées - vision étrange s'il en est, avec la végétation presque méditerranéenne de la côte au premier plan - qui nous attendait. Les lichens et les algues qui recouvrent les rochers donnent  à la scène un ton jaune-orangé. Il y des oiseaux marins, et une odeur de mer (mais bonne, fraîche). Nous avons flâné là un long moment, en silence, l'endroit étant symboliquement extrêmement fort. C'est comme arriver à la fin du monde. J'aurais pu renoncer à Ushuaia dans ce voyage, pas au Détroit...

Notre balade s'est poursuivie ensuite dans une réserve naturelle toute proche, à laquelle nous avons accédé en traversant un paysage bien triste, qui nous a fait comprendre pourquoi 30% du territoire chilien est composé de Parcs Nationaux: parce qu'en dehors de ces réserves très réglementées, c'est tout simplement n'importe quoi. Ici, la forêt magellanique a été littéralement dévastée par les propriétaires d'estancias, qui brûlent tout pour gagner de l'espace en prairie. Tout est donc réduit à une herbe grisâtre couverte de cadavres d'arbres, et le peu qui reste de la forêt, c'est la zone protégée. Nous y avons vu des renards gris et des perroquets patagons. Les arbres, naturellement penchés par le vent, sont des espèces de chênes pour la plupart assez bas, aux troncs noueux et très ramifiés. Et partout, du "calafate", la baie régionale (une airelle, en fait), qu'on trouve sous toutes les sauces dans les bons restaurants: en apéritif, en dessert, en assaisonnement.
Demain nous quittons définitivement le Chili et gagnons l'Argentine. Je n'ai pas encore compris comment le bus fait pour parcourir ce trajet, long certes, mais tout de même relativement raisonnable, en... douze heures. L'état des routes, le passage de douane (sans kiwi cette fois) et celui du Détroit doivent y être pour quelque chose.
Avant ce changement de pays, nous mangerons ce soir avec Martine et Philippe, deux Francais que nous avons rencontrés pendant notre croisière, et dont l'itinéraire croise le nôtre assez régulièrement.
Nous saluerons le Chili au Pisco et au Calafate, donc, avant le départ pour la Terre de Feu! Et peut-être arriverai-je, en Argentine, à trouver un ordinateur qui me permette de poster mes images...


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lundi 25 janvier 2010

Torres, car l'image la plus célèbre du plus grand parc national du Chili, c'est deux tours de granit surplombant en à-pic un lac minéral, presque décoloré, deux tours grises, froides, la journée, et rouge au lever du soleil (allez faire un tour sur Google, car de cette scène-là, je n'ai rien rapporté). Paine, pour "bleu", en langage indigène. Le massif du Paine, en effet, composé de nombreux glaciers de formation récente, donne en permanence l'impression d'être bleuté - pas seulement la glace, la roche même.
242.000 hectares autour de ce massif bleu, donc, qui culmine à quelques 3000 mètres d'altitude - mais dans la plus grande partie du parc, on se situe entre 500 et 1500 mètres. 
A en croire les guides, le Parc se résume pour ainsi dire aux deux circuits qui ont été confectionnés dans le massif même, de 4 et 7 jours de marche. Nous avions pensé, dans un premier temps, faire l'un des deux. Puis nous nous sommes apercus que tout le monde fait cela, soit chaque jour l'équivalent de 8 bus touristiques qui débarquent à l'entrée du Parc. Hors ce n'était pas là notre idée de la Patagonie... 
Notre idée de la Patagonie, nous sommes allés la chercher dans les coins les plus reculés, pour finalement camper deux nuits dans une prairie déserte, abrités du vent par les arbres, et nous alimentant de l'eau de la rivière - un peu fraîche à vrai dire, mais tellement extraordinaire le matin, quand la pluie cesse et le soleil se lève par-dessus la montagne... Puis nous l'avons trouvée sur des sentiers absents des cartes, que nous ont indiqués les gardiens du Parc, ceux qui les utilisent pour leurs recherches sur la faune ou sur l'eau. Nous avons marché, parfois, plus de 4 heures sans croiser personne d'autre que quelques lièvres, des oiseaux, et même un couple de condor nichant au-dessus d'un lac gris, entouré de pierres volcaniques portant sur elles des marques de mousses fossilisées. Nous avons vu des scènes étranges, dignes du Seigneur des Anneaux, comme cette vallée d'arbres morts, brûlés il y a plus de trente ans, alors qu'il n'y avait pas encore de Parc, par ceux qui utilisaient la zone pour élever du bétail. Certains, miraculeusement, semblent revenir à la vie, creusés, noircis, avec pourtant quelques branches récentes en leur sommet. D'autres sont là figés, comme des squelettes, blancs et noir dans l'herbe rase. Et le nez dans celle-ci, des dizaines d'espèces botaniques différentes, souvent minuscules, des orchidées improbables, des mousses, toute une vie que la masse jaunâtre percue à distance ne laisse pas prévoir.

Le massif, magnifique, nous l'avons eu en permanence face à nous, par tous les temps (douze fois par jour les quatre saisons, il faut s'y faire...), sous tous les angles, avec au premier plan prairies, lacs, steppes arides, pierriers, et tant d'autres choses encore.
Et puis, nous avons vécu la Patagonie dans son essence, le vent, que détestent tant les gens du lieu. Quand vous demandez à un Patagon quel temps il fera, il a deux réponses: il y aura du vent, ou non. Et il préfère la seconde option, qui signifie en général un ciel bas, de la pluie fine et régulière, quelque chose de reposant, en somme. Un arrêt des hostilités. Car le vent, c'est un peu Lucifer, celui qui porte la lumière, qui balaie les nuages et les fait jouer, sous toutes leurs formes et sous toutes leurs couleurs, avec le paysage, mais celui, aussi, qui fait tout tourbillonner, qui vous soulève un homme avec son bagage de 15 kilos pour le jeter un mètre plus loin dans les broussailles (ou 15 mètres plus bas dans les rochers, c'est selon), qui rend parfois impossible tout mouvement, qui chasse jusqu'aux cailloux et vous les envoie à la tête. Le vent, le jour, provoque quelques averses bien violentes, même lorsque le soleil brille, des gouttes qui font mal tant elles fouettent. La nuit, il se lance comme un boulet invisible dans les vallés, siffle et rebondit contre chaque obstacle qu'il rencontre, avec un bruit qu'on ne peut entendre qu'ici. Hier, nous devions nous diriger en bateau vers le glacier Grey. Il y avait sur le lac des vagues impressionnantes, des creux sur lesquels le petit catamaran qui nous embarquait à sauté deux fois, s'écrasant littéralement sur l'eau, avant de rebrousser chemin et de nous ramener à notre point de départ, nous obligeant à renoncer à la seule excursion touristique du séjour. Le vent ne voulait pas, sans doute, que nous revenions à cette civilisation-là...

Le vent est maudit pour celui qui le subit tout l'année. Il fut, pour nous, l'assurance d'avoir bel et bien trouvé ce que nous cherchions, de la voir, de la sentir, cette Patagonie, dans ses ambiances les plus mystiques.


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mardi 19 janvier 2010

Puerto Montt - Puerto Natales en trois jours de navigation plutôt que 45 minutes d'avion: c'est le luxe du temps qu'on s'octroie pour parcourir l'espace, pour retrouver un rythme de voyage humain. Nous sommes partis de Puerto Montt vendredi vers 17 heures, arrivés dans le chef lieu de la province d'Ultima Esperanza (ca ne s'invente pas!) lundi à 10 heures. 
Le bateau qui nous emmène est un petit ferry pouvant transporter 300 passagers environ. Nous étions deux fois moins.
Notre route: le grand golfe d'Ancud, le golfe de Corcovado, le canal King, puis les longues 12 heures en pleine mer jusqu'au Golfo de Penas, bien nommé, mais par erreur: en effet, à l'origine il s'agissait du Golfo de Peñas, soit Golfe des Rochers, que les Anglais ont transformé en Golfe des Peines (encore heureux qu'il n'aient pas touché aux voyelles...). La mer était très calme. Mais en Patagonie, il faut apprendre que tout est relatif: il fait beau temps quand il ne pleut pas à verses, la mer est calme quand la plupart des passagers sont présents au dîner du deuxième soir ou, pour être plus précis, quand l'impression n'est "que" de passer douze heures dans un pendolino qui pencherait continuellement de gauche à droite, au maximum de ses possibilités. La nuit, on glisse dans sa couchette en touchant alternativement la paroi côté tête et celle côté pieds. Rien de plus. Sinon que depuis que nous sommes à terre, j'ai continuellement l'impression que le sol bouge sous mes pieds.
La fin de la traversée est la partie la plus spectaculaire, dans les golfes patagons, le long de montagnes enneigés qui plongent dans la mer. Nous visitons Puerto Eden sous un demi-soleil, chance inouïe puisque l'escale est le plus souvent supprimée à cause de la pluie. Deux douzaines de maisons colorées, le double de barques de pêche, de l'eau, partout, sur laquelle semble flotter une végétatin toute de mousses et de buissons rabougris. Pour vivre ici, ce dit on, il faut être forcé par une tragédie héréditaire. Ou poète. Et pourtant, quand on apprend que Puerto Eden est muni d'une école primaire et de l'internet à large bande, on relativise. Son cosas de Patagonia.
Le moment le plus fort du voyage est sans doute l'approche du glacier Pío XI, le seul glacier encore croissant en Amérique du Sud, et n'ayant pas atteint sa limite naturelle. Une paroi bleutée de 120 mètres de haut qui plonge dans un fjord d'eau blanche, de la glace qui flotte partout au premier plan et, derrière, invisibles, 15 kilomètres de glacier. Nous sommes sur le Pont, une heure avant au moins avant d'y arriver vraiment. Peu à peu, tous les passagers sont là, avec un vent qui coupe le souffle et blesse le visage, la pluie, le froid. 150 personnes là, silencieuses, à regarder ce qui semble une hallucination, un rêve. 
Le brouillard s'est levé une heure plus tard environ, pour ne disparaître que le lendemain matin au lever du soleil. Comme s'il fallait rester quelques heures sur cette vision pour bien l'assimiler.
Demain nous partons pour 7 jours d'autonomie dans le Parc National. Autre voyage à rythme humain...
J'ai bien essayé d'ajouter quelques photos mais les ordinateurs du coin ne lisent pas ma carte. D'ici une petite semaine peut-être...

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vendredi 15 janvier 2010

   verte comme l'Irlande, avec ses prairies, ses  collines, ses moutons, ses vaches (suisses), ses nuages de pluie noirs qui se traînent
   feuillue et fleurie comme un jardin tropical, où tout semble pouvoir  être, moyennant quelques petits accomodements avec le vent - ici, on pousse, mais incliné, rabougri, voire difforme
   peuplée d'être étranges - esprits et mages des forêts  qui engrossent les femmes et enlèvent  les hommes, coquillages gigantesques au nom sans concession de "locos", loups de mer jouant, parfois au prix de leur vie, avec le bac qui relie l'archipel au continent, pingouins gris de Humboldt (voués à disparaître), oursins méritant bien le nom de "hérissons" 
   construite tout en bois et en couleurs, sur des pilotis de 50 cm.  à 5 m. de hauteur, que l'on déplace sur des camions (les maisons) au gré des innondations et des changements d'envie de leurs propriétaires
   entourée de plages paradisiaques mais désertes, car il faudrait être aussi fou que les coquillages pour y entrer, dans cet océan  mal nommé
   soumise à un soleil invisible, derrière les nuages, bien peu intimidé par les indices (fussent-ils de 50) et qui brûle jusqu'au sang tandis que le vent sèche et saoûle (comme le vin blanc à 14 degrés)

     Et, dans le bus, l'homme avec une scie, la femme avec un sac gigantesque de patates, le borgne, celui qui s'est fait beau pour aller à la ville, les enfants sales qui n'y vont pas souvent, les quatre crétins avec leur sac à dos, leurs appareils photo et leurs souliers de marche, le visage rougeaud malgré les couches d'habits techniques.


     Une île, Chiloe, où l'on marche de dune en dune pour gagner un improbable rivage, celui d'où, les pieds dans un Pacifique glacial et furieux,  sous un ciel jaunâtre, on regardera l'horizon en se disant que  là-bas, à l'Ouest, c'est l'Océanie...

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mardi 12 janvier 2010

Nous voici donc à Chiloe, après bien des heures de route et de jeûne forcé: 12 heures d'attente à Madrid, notre avion ayant été retardé de 7 heures à cause des chutes de neige et des pistes gelées, une escale imprévue à Sao Paolo pour remplacer l'équipe de bord qui avait dépassé le nombre d'heures de vol légales, ce qui nous a valu un décollage-aterrissage de plus (donc 3-4 sédatifs, pour moi!) mais aussi, pour être honnête, un vol assez fabuleux au-dessus du Brésil et de l'Argentine. A Santiago, les choses se sont relativement bien passées, dans la mesure où tous les noms des passagers du fameux vol 705 avaient été listés, et des places réservées dans les avions suivants. Mais nous sommes arrivés à Puerto Montt à 23 heures, sans avoir mangé de repas décent depuis le dimanche soir, à Madrid, et sans aucune envie de nous mettre en chasse d'un restaurant ouvert à ces heures, par 11 degrés sous la pluie... Qui dort dîne, donc.


Le Chili et ses vieux fantômes


Au Chili, il est interdit de pénétrer sur le territoire avec des produits d'origine animale ou végétale, quels qu'ils soient. Fruits, graines, miel, etc., sont donc à éliminer de sa valise avant de passer la douane, protectionnisme économique déguisé derrière des discours hygiénistes assez absurdes. Dans l'avion, on vous remet un fomulaire dans lequel vous devez déclarer tout produit concerné par ces mesures, ou jurer que vous n'avez rien, et signer.
Après nos plus de 30 heures de voyage, j'avais oublié un maudit kiwi perdu au fond de mon sac à dos. Ce qui me valut d'être retenue presque 30 minutes par un gradé en uniforme du ministère de l'agriculture, qui fit une déposition en bonne et due forme sur mon cas et sur l'objet incriminé - je sais à présent qu'un kiwi pèse 97 grammes -, voué être "détruit dans de l'acide" (sic). Puis l'agent m'expliqua sur un ton fort matial qu'il s'agissait d'une faute grave : on ne signe pas un document qui ne correspond pas à la réalité; en tant que représentant de la justice, il allait me condamner, compte tenu des circonstance atténuantes (le long voyage), à la peine minimale, soit une amende de 110.000 pesos chiliens. 270 francs suisses... L'acte du "procès" que je venais de subir me fut remis, et je dus m'acquitter de la somme (avec une vague envie de demander au type ce qu'il faisait entre 1973 et 1989, et s'il me permettait de manger mon kiwi). Puis, alors que j'allais sortir, il me rappella: "Mademoiselle, vous allez bénéficier d'une grâce exceptionnelle: je vous rends votre argent. Vous avez beaucoup de chance, j'espère que vous vous en rendez compte". Il n'y avait rien à faire que de le reprendre, d'attendre le nouvel acte de jugement, et de faire semblant de remercier chaleureusement cet enfoiré en faisant abstraction de tous les relens fascistoïdes de l'épisode.
 *******
Nous sommes depuis la mi-journé à Chiloe, à Castro, et découvrons les maisons en bois à pilotis. Le temps est plutôt agréable, les gens adorables et nous mangerons ce soir notre premier vrai repas. 
Pour les photos, il faudra attendre, car j'ai oublié le cable pour connecter mon appareil...

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dimanche 10 janvier 2010

Départ pour l'été austral prévu le dimanche 10 janvier à 18h40. Avec quelques étapes principales, et quelques vagabondages encore imprévus entre deux:
- Chiloe (12-14 janvier)

- Puerto Natales (18-19 janvier)

- Punta Arenas (26 janvier)

- Ushuaïa (29 janvier)

- Buenos Aires (1 février).


 Cliquez sur la carte pour l'agrandir. 

 C'est le voyage rêvé depuis longtemps qui prend forme aujourd'hui, avec cette question en arrière-plan: la Patagonie tiendra-t-elle ses promesses?
L'hiver de l'hémisphère nord, de son côté, tient les siennes.

 
Genève, 10 janvier 2010

 
Madrid, 8 janvier 2010
On va peut-être attendre un peu avant de commencer à faire dans le lyrisme...

dimanche 3 janvier 2010

Cap Nom, Entre-les-Vents, Fleuve Trouble, Lagune Cachée, Iles Contraires, Mont de la Silhouette, Péninsule de l'Intersection, A l'horizon, la terre et le ciel sont confondus dans la même absence de couleur, Pont Blanc, Port du Taureau, Mont des Voleurs, Le Gaucher, Le Couteau, Mont Diadème, Sunshine, Mont Chapeau, Baie des Grandes Gens, Port de la Mouette, C'était un coquillage fou, un mollusque géant qui n'existe que dans les mers australes. C'était l'écho violent de ma mer. La voix rauque et sèche de ma mer. Le ton éternellement tragique de ma mer, Eminence Tranquille, Cap des Vierges, Ile Mère de Dieu, Golfe de la Trinité, Ile de la Providence, Si vous marchez assez longtemps, vous n'avez probablement besoin d'aucun autre Dieu, Golf des Peines, Ile de la Désolation, Lac du Désert, Péninsule Noire, Mer Lugubre, Port-Famine, Baie Inutile, Ultime Espoir, Il n'y a que la Patagonie, la Patagonie qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud, Baie Tic-Tac, Port Eden, Baie du Salut, 
Vous le tenez enfin ce paradis perdu,
vous la tenez enfin la médisante garnison,
vos fantômes enfin par le vent transpercés
embrassent l'empreinte du phoque sur le sable.
Et à vos doigts sans bague arrive enfin en frissonnant
Le petit soleil du désert, le jour défunt,
dans son hôpital de vagues et de pierres.

Terre de Feu, 
Fin del Mundo.

Citations tirées de:
Bruce Chatwin, En Patagonie, 1977.
Luís Sepúlveda, Le Monde du bout du monde, 1993.
Blaise Cendrars, Prose du Transsibérien, 1913.
Pablo Neruda, Chant Général, 1949.
Lat. 44-55°S.
Long. 66-76°W.

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