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samedi 6 février 2010

Que de pluie, que de bruit, que de fleurs! 
Nous avons vécu à Buenos Aires une fin de voyage bien tropicale, avec des températures en permanence au dessus de 25 degrés, une pluie presque continue, chaude, épaisse, des rues innondées. Nous étons rentrés parfaitement secs d'une semaine de camping dans les parcs nationaux du Chili, avec des orages toutes les nuits; nous quittons notre petite auberge de Palermo Viejo humides jusqu'au plus profond de nos livres...

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Il faut imaginer Buenos Aires comme un immense jeu d'échec - moyennant, ici ou là, quelques aberrations diagonales, ou une petite rondeur dans l'ancien port de La Bocca - traversé par quelques immenses avenues (20 pistes circulables, pour vous donner une idée de la plus grande, la 9 de Julio avec ses deux appendices), et fonctionnant autour de grands quartiers ayant chacun leur histoire, leur public, leur architecture. Dans le centre, les buildings ultra-modernes, qui s'imposent avec tout l'espace nécessaire pour les rendre plus énormes encore, dirait-on, cotoient les vieilles maisons encastrées les unes dans les autres en un labyrinthe de ruelles. A Palermo, on se promène entre des immeubles bien entretenus qui évoquent les quartiers résidentiels de Rome. A la Bocca, on revient en Amérique latine, avec deux rues des petites maisons d'un ou deux étages, colorées à souhait et transformées en véritables bombonnières pour le bonheur des cars de touristes, alors que quelques centaines de mètres au-delà, passée la voie de chemin de fer désafectée, on s'aventure à ses propres risques là où la vie n'a rien d'une attraction, où les lois changent, où chaque mur est un slogan, chaque regard un message. Ici, comme dit le poète, los aires no son tan buenos.
Et puis, à tout cela, il faut ajouter le vert ominprésent - ou presque - des parcs et des places qui donnent à la ville un charme inoui; les théâtres, la musique, les librairies (partout des livres!), les marchés, les épiceries de quartiers, tout ce qui fait qu'avant d'être une ville qu'on visite, Buenos Aires est une ville qu'on vit, en apprenant à utiliser quelques bus remplis de gens d'ici, en s'asseyant dans une cantine sans attrait ou, au contraire, dans un grand café historique (où on mangera moins bien pour six fois plus cher, mais c'est beau...), en entrant, en début d'après-midi, pour se reposer des kilomètres parcourus, dans un cinéma qui ne diffuse que des films argentins (4 CHF le billet pour deux personnes!), en déambulant sans but dans les avenues du cimetière de Recoleta pendant que d'autres cherchent frénétiquement  les tombes de Gardel ou d'Evita.
Il faut avoir du temps pour vivre Buenos Aires.
 
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dimanche 31 janvier 2010

Le voyage de Punta Arenas à Ushuaia (prononcer Oussouaïa, et non Ouchouaïa) s'étire dans l'absence, par moment, de tout paysage. Seule une lande brunâtre, des milliers de moutons (dont on dit qu'ils sont devenus aveugles à cause du soleil), et le détroit noirâtre en arrière-plan. Nous sommes arrivés au Chili sous la pluie, nous le quitterons sous la pluie.
La traversée du Détroit de Magellan se fait sur un bac assez petit: deux bus, deux camions et quelques voitures. Nous n'avons pas à attendre, les eaux étant calmes (ce qui est tout de même très relatif puisqu'on ne peut se tenir debout, ni dans le bus ni sur le Pont, sans s'agripper fermement à quelques choses). Quelques belles vagues se déversent sur le pont tandis que des dauphins, et même quelques orques, nous narguent, l'usage d'un appareil photo sans coque étanche étant fortement déconseillé.
On comprend ensuite pourquoi les 170 kilomètres qui séparent l'entrée en Terre de Feu du poste-frontière de San Sebastian, sur l'Atlantique, exigent plus de trois heures de parcours: sur le territoire chilien de l'île, la route n'est pas goudronnée; c'est une piste, complètement défoncée par endroits, assez pénible, où les croisements entre gros véhicules (et il y en a, puisque c'est la seule voie d'accès) s'avèrent difficiles. Ici encore, le paysage est désertique, mais très montueux. La chance nous accompagnera pour le passage de douane: 1 heure en tout et pour tout (certains voyageurs passent 4 heures à attendre au bord du Détroit, et 4 autres à la douane...).
Depuis Río Grande, c'est un minibus d'une douzaine de places qui prend le relais pour les 2 dernières heures du trajet. Il pleut à verses, on file sur la route détrempée, distinguant entre les gouttes des forêts, des lacs et quelques montagnes enneigées. Mieux vaut ne pas penser à la vitesse à laquelle le chauffeur attaque les virages du Col Garibaldi. L'avion a du bon, finalement....
 Notre premier contact avec Ushuaia sera fort humide, et nous avons du mal à croire la chauffeur de taxi qui nous dit que jusqu'au jour précédent, il a fait des temps caniculaires pour l'endroit: 20 degrés et plus. Nous aurons droit, pour notre part, à un paysage hivernal dès notre réveil, le lendemain matin. Ushuaia, qui n'a rien d'une petite ville paradisiaque, étend ses quartiers barriolés et aggrégés les uns aux autres plutôt anarchiquement, ses stations d'essence YPF, son port commercial et touristique, sur plusieurs kilomètres au bord du Canal Beagle. En face, c'est le Chili, à nouveau, et au-delà, l'Antartique. La géographie des lieux n'est pas simple...
En 1978, la ville comptait 8000 habitants; aujourd'hui, plus de 70'000. On voit dans la forêt quelques quartiers aux airs de favellas (en Argentine, on dit "Villa"),  sauvagement élaborés, en abattant les arbres. Ces quartiers, nous a-t-on expliqué, n'existent sur aucun plan cadastral. Mais Ushuaia attire les migrants de toute l'Amérique latine, car il n'y a pas de chomage dans ce paradis du tourisme, de la marine marchande et de l'industrie pétrolière. On peut se demander ce qu'il adviendra des lieux dans dix ans, si la facilité de voyager se perd...
Fort heureusement pour le touriste de 2010, on ne vient pas à Ushuaia pour la ville, mais pour les alentours: un étonnant glacier auquel on monte depuis la mer (le sommet n'est qu'à 1300 mètres), des lacs, le Canal Beagle et ses îles, le Parc National de Terre de Feu. Paradis du marcheur, donc, d'autant que les excursions sont ici beaucoup moins éprouvantes que dans la région des glaciers chiliens et argentins que nous avons visitée précédemment.
A 17'848 kilomètres de l'Alaska, il serait faux de croire que nous sommes arrivés à la fin du monde. C'est bien, ici, le début de tout, la rencontre des forêts et des déserts de pierre, des baleines et des lièvres, des otaries et des orchidées, des cormorans et des pics, des glaciers et de la mer. Nous avons marché sur l'île Bridges avec la sensation de découvrir un nouveau monde. Nous avons découvert comment les Indiens d'ici, au début du XXe siècle, ont été exterminés non pas par la violence, mais par la bonne conscience des Européens. Il vivaient ici nus, en voguant sur des canots élémentaires et en nageant dans les eaux glacées, avec une espérance de vie de 60 ans environ, en se nourrissant de racines et de phoque décomposé. On les a habillés, contraints à manger une nourriture plus décente, ils sont tombés malades et sont morts les uns après les autres. Il semblerait qu'il reste une Indienne Yagan à Puerto Williams, la seule qui comprenne encore quelques-uns des 32'ooo mots que le Docteur Bridges avait recensés dans son dictionnaire.
Ushuaia, que nous quittons demain, c'est tout cela, une sorte de nostalgie d'un monde qui a commencé à disparaître il y a une centaine d'années, et que l'on aura bientôt complètement oublié.








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vendredi 29 janvier 2010

Voici enfin quelques photos, prises et travaillées par Samuel. Je publierai les miennes au retour. Vous pouvez cliquer sur les photos pour les afficher en grand.
Nous sommes à Ushuaïa. Il a neigé cette nuit et le paysage est hivernal. Pendant ce temps, à Buenos Aires où nous partons lundi, il fait plus de 40 degrés, alerte à la canicule et tout ce qui va avec. Le choc thermique risque d'être rude!!

Chiloe




La croisière dans les canaux patagons




Puerto Natales et Torres del Paine







Magellan


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mercredi 27 janvier 2010

Punta Arenas - ville la plus importante de la région Magellan-Antarctique. Elle est agréable, quand on vient de Puerto Natales, sorte de boutique géante pour les touristes rêvant d'aventures extrêmes dans le Parc National. A Punta Arenas, ville coloré légèrement pentue, il y a du tourisme, certes, mais également une vraie vie locale, un marché, un port de marchandises, ... du bruit. Et surtout, il y a le Détroit de Magellan, qui nous est apparu un jour de forts vents (pour changer un peu) comme un grand lac vert foncé, couvert d'écume. 
Nous l'avons longé aujourd'hui, ce lieu aux mille échos de naufrages et d'espérances décues, pour arriver tout à la fin de la dernière route du continent. Journée magnifique, calme, la première du voyage où nous pouvons réellement laisser de côté les vestes. Je m'étais préparée à une vision plate, un bord de mer comme un autre, voire un peu plus laid, qui tranche avec les attentes véhiculées par ces trois syllabes - elles me fascinent depuis un épisode des Mystérieuses Cités d'Or où le narrateur, dans le petit documentaire qui précédait le dessin animé, expliquait que le Détroit de Magellan (qu'il prononcait Magellllllllan) est le lieu où se rencontrent les Océans Atlantique et Pacifique - d'où les courants et les vagues (que nous n'avons pas vues). Or du cap auquel nous sommes arrivés, c'est une perspective magnifique sur la Terre de Feu, en face, et sur les montagnes alentour enneigées - vision étrange s'il en est, avec la végétation presque méditerranéenne de la côte au premier plan - qui nous attendait. Les lichens et les algues qui recouvrent les rochers donnent  à la scène un ton jaune-orangé. Il y des oiseaux marins, et une odeur de mer (mais bonne, fraîche). Nous avons flâné là un long moment, en silence, l'endroit étant symboliquement extrêmement fort. C'est comme arriver à la fin du monde. J'aurais pu renoncer à Ushuaia dans ce voyage, pas au Détroit...

Notre balade s'est poursuivie ensuite dans une réserve naturelle toute proche, à laquelle nous avons accédé en traversant un paysage bien triste, qui nous a fait comprendre pourquoi 30% du territoire chilien est composé de Parcs Nationaux: parce qu'en dehors de ces réserves très réglementées, c'est tout simplement n'importe quoi. Ici, la forêt magellanique a été littéralement dévastée par les propriétaires d'estancias, qui brûlent tout pour gagner de l'espace en prairie. Tout est donc réduit à une herbe grisâtre couverte de cadavres d'arbres, et le peu qui reste de la forêt, c'est la zone protégée. Nous y avons vu des renards gris et des perroquets patagons. Les arbres, naturellement penchés par le vent, sont des espèces de chênes pour la plupart assez bas, aux troncs noueux et très ramifiés. Et partout, du "calafate", la baie régionale (une airelle, en fait), qu'on trouve sous toutes les sauces dans les bons restaurants: en apéritif, en dessert, en assaisonnement.
Demain nous quittons définitivement le Chili et gagnons l'Argentine. Je n'ai pas encore compris comment le bus fait pour parcourir ce trajet, long certes, mais tout de même relativement raisonnable, en... douze heures. L'état des routes, le passage de douane (sans kiwi cette fois) et celui du Détroit doivent y être pour quelque chose.
Avant ce changement de pays, nous mangerons ce soir avec Martine et Philippe, deux Francais que nous avons rencontrés pendant notre croisière, et dont l'itinéraire croise le nôtre assez régulièrement.
Nous saluerons le Chili au Pisco et au Calafate, donc, avant le départ pour la Terre de Feu! Et peut-être arriverai-je, en Argentine, à trouver un ordinateur qui me permette de poster mes images...


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lundi 25 janvier 2010

Torres, car l'image la plus célèbre du plus grand parc national du Chili, c'est deux tours de granit surplombant en à-pic un lac minéral, presque décoloré, deux tours grises, froides, la journée, et rouge au lever du soleil (allez faire un tour sur Google, car de cette scène-là, je n'ai rien rapporté). Paine, pour "bleu", en langage indigène. Le massif du Paine, en effet, composé de nombreux glaciers de formation récente, donne en permanence l'impression d'être bleuté - pas seulement la glace, la roche même.
242.000 hectares autour de ce massif bleu, donc, qui culmine à quelques 3000 mètres d'altitude - mais dans la plus grande partie du parc, on se situe entre 500 et 1500 mètres. 
A en croire les guides, le Parc se résume pour ainsi dire aux deux circuits qui ont été confectionnés dans le massif même, de 4 et 7 jours de marche. Nous avions pensé, dans un premier temps, faire l'un des deux. Puis nous nous sommes apercus que tout le monde fait cela, soit chaque jour l'équivalent de 8 bus touristiques qui débarquent à l'entrée du Parc. Hors ce n'était pas là notre idée de la Patagonie... 
Notre idée de la Patagonie, nous sommes allés la chercher dans les coins les plus reculés, pour finalement camper deux nuits dans une prairie déserte, abrités du vent par les arbres, et nous alimentant de l'eau de la rivière - un peu fraîche à vrai dire, mais tellement extraordinaire le matin, quand la pluie cesse et le soleil se lève par-dessus la montagne... Puis nous l'avons trouvée sur des sentiers absents des cartes, que nous ont indiqués les gardiens du Parc, ceux qui les utilisent pour leurs recherches sur la faune ou sur l'eau. Nous avons marché, parfois, plus de 4 heures sans croiser personne d'autre que quelques lièvres, des oiseaux, et même un couple de condor nichant au-dessus d'un lac gris, entouré de pierres volcaniques portant sur elles des marques de mousses fossilisées. Nous avons vu des scènes étranges, dignes du Seigneur des Anneaux, comme cette vallée d'arbres morts, brûlés il y a plus de trente ans, alors qu'il n'y avait pas encore de Parc, par ceux qui utilisaient la zone pour élever du bétail. Certains, miraculeusement, semblent revenir à la vie, creusés, noircis, avec pourtant quelques branches récentes en leur sommet. D'autres sont là figés, comme des squelettes, blancs et noir dans l'herbe rase. Et le nez dans celle-ci, des dizaines d'espèces botaniques différentes, souvent minuscules, des orchidées improbables, des mousses, toute une vie que la masse jaunâtre percue à distance ne laisse pas prévoir.

Le massif, magnifique, nous l'avons eu en permanence face à nous, par tous les temps (douze fois par jour les quatre saisons, il faut s'y faire...), sous tous les angles, avec au premier plan prairies, lacs, steppes arides, pierriers, et tant d'autres choses encore.
Et puis, nous avons vécu la Patagonie dans son essence, le vent, que détestent tant les gens du lieu. Quand vous demandez à un Patagon quel temps il fera, il a deux réponses: il y aura du vent, ou non. Et il préfère la seconde option, qui signifie en général un ciel bas, de la pluie fine et régulière, quelque chose de reposant, en somme. Un arrêt des hostilités. Car le vent, c'est un peu Lucifer, celui qui porte la lumière, qui balaie les nuages et les fait jouer, sous toutes leurs formes et sous toutes leurs couleurs, avec le paysage, mais celui, aussi, qui fait tout tourbillonner, qui vous soulève un homme avec son bagage de 15 kilos pour le jeter un mètre plus loin dans les broussailles (ou 15 mètres plus bas dans les rochers, c'est selon), qui rend parfois impossible tout mouvement, qui chasse jusqu'aux cailloux et vous les envoie à la tête. Le vent, le jour, provoque quelques averses bien violentes, même lorsque le soleil brille, des gouttes qui font mal tant elles fouettent. La nuit, il se lance comme un boulet invisible dans les vallés, siffle et rebondit contre chaque obstacle qu'il rencontre, avec un bruit qu'on ne peut entendre qu'ici. Hier, nous devions nous diriger en bateau vers le glacier Grey. Il y avait sur le lac des vagues impressionnantes, des creux sur lesquels le petit catamaran qui nous embarquait à sauté deux fois, s'écrasant littéralement sur l'eau, avant de rebrousser chemin et de nous ramener à notre point de départ, nous obligeant à renoncer à la seule excursion touristique du séjour. Le vent ne voulait pas, sans doute, que nous revenions à cette civilisation-là...

Le vent est maudit pour celui qui le subit tout l'année. Il fut, pour nous, l'assurance d'avoir bel et bien trouvé ce que nous cherchions, de la voir, de la sentir, cette Patagonie, dans ses ambiances les plus mystiques.


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mardi 19 janvier 2010

Puerto Montt - Puerto Natales en trois jours de navigation plutôt que 45 minutes d'avion: c'est le luxe du temps qu'on s'octroie pour parcourir l'espace, pour retrouver un rythme de voyage humain. Nous sommes partis de Puerto Montt vendredi vers 17 heures, arrivés dans le chef lieu de la province d'Ultima Esperanza (ca ne s'invente pas!) lundi à 10 heures. 
Le bateau qui nous emmène est un petit ferry pouvant transporter 300 passagers environ. Nous étions deux fois moins.
Notre route: le grand golfe d'Ancud, le golfe de Corcovado, le canal King, puis les longues 12 heures en pleine mer jusqu'au Golfo de Penas, bien nommé, mais par erreur: en effet, à l'origine il s'agissait du Golfo de Peñas, soit Golfe des Rochers, que les Anglais ont transformé en Golfe des Peines (encore heureux qu'il n'aient pas touché aux voyelles...). La mer était très calme. Mais en Patagonie, il faut apprendre que tout est relatif: il fait beau temps quand il ne pleut pas à verses, la mer est calme quand la plupart des passagers sont présents au dîner du deuxième soir ou, pour être plus précis, quand l'impression n'est "que" de passer douze heures dans un pendolino qui pencherait continuellement de gauche à droite, au maximum de ses possibilités. La nuit, on glisse dans sa couchette en touchant alternativement la paroi côté tête et celle côté pieds. Rien de plus. Sinon que depuis que nous sommes à terre, j'ai continuellement l'impression que le sol bouge sous mes pieds.
La fin de la traversée est la partie la plus spectaculaire, dans les golfes patagons, le long de montagnes enneigés qui plongent dans la mer. Nous visitons Puerto Eden sous un demi-soleil, chance inouïe puisque l'escale est le plus souvent supprimée à cause de la pluie. Deux douzaines de maisons colorées, le double de barques de pêche, de l'eau, partout, sur laquelle semble flotter une végétatin toute de mousses et de buissons rabougris. Pour vivre ici, ce dit on, il faut être forcé par une tragédie héréditaire. Ou poète. Et pourtant, quand on apprend que Puerto Eden est muni d'une école primaire et de l'internet à large bande, on relativise. Son cosas de Patagonia.
Le moment le plus fort du voyage est sans doute l'approche du glacier Pío XI, le seul glacier encore croissant en Amérique du Sud, et n'ayant pas atteint sa limite naturelle. Une paroi bleutée de 120 mètres de haut qui plonge dans un fjord d'eau blanche, de la glace qui flotte partout au premier plan et, derrière, invisibles, 15 kilomètres de glacier. Nous sommes sur le Pont, une heure avant au moins avant d'y arriver vraiment. Peu à peu, tous les passagers sont là, avec un vent qui coupe le souffle et blesse le visage, la pluie, le froid. 150 personnes là, silencieuses, à regarder ce qui semble une hallucination, un rêve. 
Le brouillard s'est levé une heure plus tard environ, pour ne disparaître que le lendemain matin au lever du soleil. Comme s'il fallait rester quelques heures sur cette vision pour bien l'assimiler.
Demain nous partons pour 7 jours d'autonomie dans le Parc National. Autre voyage à rythme humain...
J'ai bien essayé d'ajouter quelques photos mais les ordinateurs du coin ne lisent pas ma carte. D'ici une petite semaine peut-être...

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vendredi 15 janvier 2010

   verte comme l'Irlande, avec ses prairies, ses  collines, ses moutons, ses vaches (suisses), ses nuages de pluie noirs qui se traînent
   feuillue et fleurie comme un jardin tropical, où tout semble pouvoir  être, moyennant quelques petits accomodements avec le vent - ici, on pousse, mais incliné, rabougri, voire difforme
   peuplée d'être étranges - esprits et mages des forêts  qui engrossent les femmes et enlèvent  les hommes, coquillages gigantesques au nom sans concession de "locos", loups de mer jouant, parfois au prix de leur vie, avec le bac qui relie l'archipel au continent, pingouins gris de Humboldt (voués à disparaître), oursins méritant bien le nom de "hérissons" 
   construite tout en bois et en couleurs, sur des pilotis de 50 cm.  à 5 m. de hauteur, que l'on déplace sur des camions (les maisons) au gré des innondations et des changements d'envie de leurs propriétaires
   entourée de plages paradisiaques mais désertes, car il faudrait être aussi fou que les coquillages pour y entrer, dans cet océan  mal nommé
   soumise à un soleil invisible, derrière les nuages, bien peu intimidé par les indices (fussent-ils de 50) et qui brûle jusqu'au sang tandis que le vent sèche et saoûle (comme le vin blanc à 14 degrés)

     Et, dans le bus, l'homme avec une scie, la femme avec un sac gigantesque de patates, le borgne, celui qui s'est fait beau pour aller à la ville, les enfants sales qui n'y vont pas souvent, les quatre crétins avec leur sac à dos, leurs appareils photo et leurs souliers de marche, le visage rougeaud malgré les couches d'habits techniques.


     Une île, Chiloe, où l'on marche de dune en dune pour gagner un improbable rivage, celui d'où, les pieds dans un Pacifique glacial et furieux,  sous un ciel jaunâtre, on regardera l'horizon en se disant que  là-bas, à l'Ouest, c'est l'Océanie...

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mardi 12 janvier 2010

Nous voici donc à Chiloe, après bien des heures de route et de jeûne forcé: 12 heures d'attente à Madrid, notre avion ayant été retardé de 7 heures à cause des chutes de neige et des pistes gelées, une escale imprévue à Sao Paolo pour remplacer l'équipe de bord qui avait dépassé le nombre d'heures de vol légales, ce qui nous a valu un décollage-aterrissage de plus (donc 3-4 sédatifs, pour moi!) mais aussi, pour être honnête, un vol assez fabuleux au-dessus du Brésil et de l'Argentine. A Santiago, les choses se sont relativement bien passées, dans la mesure où tous les noms des passagers du fameux vol 705 avaient été listés, et des places réservées dans les avions suivants. Mais nous sommes arrivés à Puerto Montt à 23 heures, sans avoir mangé de repas décent depuis le dimanche soir, à Madrid, et sans aucune envie de nous mettre en chasse d'un restaurant ouvert à ces heures, par 11 degrés sous la pluie... Qui dort dîne, donc.


Le Chili et ses vieux fantômes


Au Chili, il est interdit de pénétrer sur le territoire avec des produits d'origine animale ou végétale, quels qu'ils soient. Fruits, graines, miel, etc., sont donc à éliminer de sa valise avant de passer la douane, protectionnisme économique déguisé derrière des discours hygiénistes assez absurdes. Dans l'avion, on vous remet un fomulaire dans lequel vous devez déclarer tout produit concerné par ces mesures, ou jurer que vous n'avez rien, et signer.
Après nos plus de 30 heures de voyage, j'avais oublié un maudit kiwi perdu au fond de mon sac à dos. Ce qui me valut d'être retenue presque 30 minutes par un gradé en uniforme du ministère de l'agriculture, qui fit une déposition en bonne et due forme sur mon cas et sur l'objet incriminé - je sais à présent qu'un kiwi pèse 97 grammes -, voué être "détruit dans de l'acide" (sic). Puis l'agent m'expliqua sur un ton fort matial qu'il s'agissait d'une faute grave : on ne signe pas un document qui ne correspond pas à la réalité; en tant que représentant de la justice, il allait me condamner, compte tenu des circonstance atténuantes (le long voyage), à la peine minimale, soit une amende de 110.000 pesos chiliens. 270 francs suisses... L'acte du "procès" que je venais de subir me fut remis, et je dus m'acquitter de la somme (avec une vague envie de demander au type ce qu'il faisait entre 1973 et 1989, et s'il me permettait de manger mon kiwi). Puis, alors que j'allais sortir, il me rappella: "Mademoiselle, vous allez bénéficier d'une grâce exceptionnelle: je vous rends votre argent. Vous avez beaucoup de chance, j'espère que vous vous en rendez compte". Il n'y avait rien à faire que de le reprendre, d'attendre le nouvel acte de jugement, et de faire semblant de remercier chaleureusement cet enfoiré en faisant abstraction de tous les relens fascistoïdes de l'épisode.
 *******
Nous sommes depuis la mi-journé à Chiloe, à Castro, et découvrons les maisons en bois à pilotis. Le temps est plutôt agréable, les gens adorables et nous mangerons ce soir notre premier vrai repas. 
Pour les photos, il faudra attendre, car j'ai oublié le cable pour connecter mon appareil...

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dimanche 10 janvier 2010

Départ pour l'été austral prévu le dimanche 10 janvier à 18h40. Avec quelques étapes principales, et quelques vagabondages encore imprévus entre deux:
- Chiloe (12-14 janvier)

- Puerto Natales (18-19 janvier)

- Punta Arenas (26 janvier)

- Ushuaïa (29 janvier)

- Buenos Aires (1 février).


 Cliquez sur la carte pour l'agrandir. 

 C'est le voyage rêvé depuis longtemps qui prend forme aujourd'hui, avec cette question en arrière-plan: la Patagonie tiendra-t-elle ses promesses?
L'hiver de l'hémisphère nord, de son côté, tient les siennes.

 
Genève, 10 janvier 2010

 
Madrid, 8 janvier 2010
On va peut-être attendre un peu avant de commencer à faire dans le lyrisme...

dimanche 3 janvier 2010

Cap Nom, Entre-les-Vents, Fleuve Trouble, Lagune Cachée, Iles Contraires, Mont de la Silhouette, Péninsule de l'Intersection, A l'horizon, la terre et le ciel sont confondus dans la même absence de couleur, Pont Blanc, Port du Taureau, Mont des Voleurs, Le Gaucher, Le Couteau, Mont Diadème, Sunshine, Mont Chapeau, Baie des Grandes Gens, Port de la Mouette, C'était un coquillage fou, un mollusque géant qui n'existe que dans les mers australes. C'était l'écho violent de ma mer. La voix rauque et sèche de ma mer. Le ton éternellement tragique de ma mer, Eminence Tranquille, Cap des Vierges, Ile Mère de Dieu, Golfe de la Trinité, Ile de la Providence, Si vous marchez assez longtemps, vous n'avez probablement besoin d'aucun autre Dieu, Golf des Peines, Ile de la Désolation, Lac du Désert, Péninsule Noire, Mer Lugubre, Port-Famine, Baie Inutile, Ultime Espoir, Il n'y a que la Patagonie, la Patagonie qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud, Baie Tic-Tac, Port Eden, Baie du Salut, 
Vous le tenez enfin ce paradis perdu,
vous la tenez enfin la médisante garnison,
vos fantômes enfin par le vent transpercés
embrassent l'empreinte du phoque sur le sable.
Et à vos doigts sans bague arrive enfin en frissonnant
Le petit soleil du désert, le jour défunt,
dans son hôpital de vagues et de pierres.

Terre de Feu, 
Fin del Mundo.

Citations tirées de:
Bruce Chatwin, En Patagonie, 1977.
Luís Sepúlveda, Le Monde du bout du monde, 1993.
Blaise Cendrars, Prose du Transsibérien, 1913.
Pablo Neruda, Chant Général, 1949.
Lat. 44-55°S.
Long. 66-76°W.

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dimanche 28 décembre 2008

C'était le moment, quelques jours avant la fin définitive de 2008: j'ai mis en ligne mes photos de Cuba. Vous pouvez les voir en cliquant ici.


dimanche 2 novembre 2008

[Pour écouter la piste son associée à ce message, rendez-vous sur le site 8 Méridiens ∞ Parallèles 8]

Pour Michèle
Voir et revoir El viaje de Fernando Solanas, c'est tout ce que l'on peut conseiller à ceux qui, un jour, ont rêvé l'Amérique latine, l'ont découverte, avec ses bizarreries, ses incohérences, ses possibles et ses impensables, et ont compris que leurs rêves, leurs projections, auraient toujours à se confronter à une réalité souvent en marge de toute description, de toute explication, de toute parole.
Voyage initiatique d'Ushuaïa au Mexique, El viaje est une quête à travers un continent blessé, la recherche d'un père qui conduira Martín Nunca (Martin Jamais) à comprendre que c'est toujours soi qu'on cherche, d'abord, lorsqu'on prend la route.
Paru en 1992, El viaje est aussi une lecture métaphorique des différents problèmes qui submergent l'Amérique latine (dette extérieure, soumission aux États-Unis, corruption, etc.), une représentation militante des combats des peuples contre la soumission choisie par leurs gouvernements. Une Argentine inondée en permanence, une terre de feu où l'on vit plus ou moins penché en fonction de la valeur en bourse des investissements étrangers, un Pérou silloné par un "camion de la dette" qui demande un tribut à chaque paysan, où on achète le sel au dé à coudre et les allumettes à l'unité, un Brésil où chaque citoyen vit avec une espèce de camisole de force pour marquer sa participation au redressement de l'économie, et une panoplie de personnages improbables: Alguien (= quelqu'un) le batelier qui permet à Martín de traverser l'Argentine immergée; Americo Inconcluso (= Inachevé), le conducteur de poids lourd presque aveugle, fils d'esclaves cubains et colombiens; le grand-père de martin, Nunca premier du nom, qui bien que décédé, remonte l'inondation argentine dans son cercueil; son épouse, qui préfère vivre dans un mètre d'eau en permanence plutôt qu'abandonner les anciennes luttes; ou encore le "faiseur de bruit" infatigable, qui joue du gong jour et nuit pour rappeler aux autorités l'existence du peuple... Solanas a choisi la voie du surréalisme pour représenter un continent qui, à bien y réfléchir, est surréaliste par bien des aspects.
Ce film, je vous l'offre aujourd'hui à travers sa bande son, en pensant tout particulièrement à Michèle qui part demain au Pérou, enfin, après avoir tant rêvé ce voyage!


El Viaje
(Astor Piazzolla, int. Liliana Herrero)
voy hacia mi viaje, voy
y soñando partiré
sé que ya no sé quien soy
y no sé ni adonde voy
sé que un viaje es descubrir
que no hay viaje sin sufrir
sé que busco mi verdad
y que un viaje es soledad

soy como una bicicleta
rueda, rueda mi historieta
sé que al fin voy a llegar
siempre, siempre regresar
soy todo lo que viví
más las dudas sobre mí
sé que siempre seré igual
si hay resquesta al final

voy hacia mi viaje, voy
y soñando partiré
sé que ya no sé quien soy
y no sé ni adonde voy
sé que un viaje es descubrir
que vivir es elegir
sé que busco mi verdad
y que un viaje es soledad
*
Je vais, je vais vers mon voyage
et je partirai en rêvant
je sais que je ne sais déjà plus qui je suis
et je ne sais même pas où je vais
je sais qu'un voyage, c'est découvrir
qu'il n'y a pas de voyage sans souffrir
je sais que je cherche ma vérité
et qu'un voyage, c'est la solitude

Je suis comme une bicyclette
roule, roule ma petite histoire
je sais qu'à la fin j'arriverai
toujours, toujours revenir
je suis tout ce que j'ai vécu
avec, en plus, mes doutes
que sais que je serai toujours le même
s'il y une réponse à la fin

Je vais, je vais vers mon voyage
et je partirai en rêvant
je sais que je ne sais déjà plus qui je suis
et je ne sais même pas où je vais
je sais qu'un voyage, c'est découvrir
que vivre, c'est choisir
je sais que je cherche ma vérité
et qu'un voyage, c'est la solitude.
(Ma traduction)

mardi 7 octobre 2008


(Pour écouter l'enregistrement et visualiser les images qui accompagnent ce message, rendez-vous sur le site de 8 Méridiens ∞ Parallèles 8)

Les voici enfin, les premières images de Cuba ("premières", ou presque, sur ce blog, mais parmi les dernières prises).

Quelques regards saisis dans une classe de deuxième année primaire, à l'école Eduardo Garcia de Trinidad, pendant une leçon d'espagnol consacrée à "La Grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf".

Merci de respecter les droits d'auteur de ces images.

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vendredi 19 septembre 2008

La vie à Cuba, vous l'aurez compris en nous suivant pendant ces trois semaines, n'est pas noire ou blanche, facile ou difficile, triste ou souriante. Elle est tout et son contraire à la fois, selon les individus sur lesquels on tombe. Infiniment complexe par son histoire, sa culture et son contexte politique, elle demande, pour être comprise, un temps d'adaptation plus important que dans d'autres pays plus lointains de l'Europe, géographiquement, mais plus proche, du point de vue des mentalités. Et il n'est pas certain qu'on parvienne vraiment à la comprendre, en fin de compte...
La Casa de la Trova de Trinidad est une galerie de personnages qui, tous, d'une manière ou d'une autre, représentent cette île, ses métissages et toutes ces petites choses qui, à nous yeux, sont autant de paradoxes. L'un d'eux est un beau danceur noir d'une soixantaine d'années, toujours habillé de noir, coiffé d'un béret blanc ou rouge selon les soirées, l'oeil luisant, l'air cynique, et très prompt à inviter toutes les femmes de l'assistance, Cubaines ou touristes, dans des salsas endiablées. Même les danseuses expérimentées finissent par perdre le fil, tant les mouvements qu'il invente sont ingénieux et compliqués. A la fin, il remet invariablement à sa partenaire la carte d'une de ses amies qui donne des cours de danse quelques rues plus loin.
En nous promenant dans l'une des rues les plus populaires de la ville, hors du centre historique, nous avons été interpelés l'autre jour par un vieillard aux cheveux blancs, torse nu, assis sur une marche devant une maison, portant des lunettes beaucoup trop grandes pour lui et un short hors d'âge, et racommodant de vieilles chaussures. C'est le regard, après plusieurs secondes d'arrêt perplexe, qui m'ont permis d'identifier notre danseur, lui-même comme soulagé d'avoir été reconnu. Difficile d'échanger autre chose que des banalités sur la nécessité de travailler et de gagner un peu d'argent, tout en se promettant de se revoir le soir. La rencontre fut troublante. Elle résumait d'une certaine manière la vie de nombreux Cubains que nous avons rencontrés: Eduardo, architecte le jour, conducteur de calèches en soirée; Felix, ingénieur spécialisé dans les moulins à sucre, qui vit en jouant des chansons de Silvio Rodriguez et Pablo Milanes dans les bars; Jorge, paysan le jour, chanteur le soir; Felicia, tisserane le jour, danseuse la nuit; Margarita, professeure de biologie qui, après 27 ans de travail, a préféré se consacrer pleinement à sa maison d'hôtes; Luiz, lui aussi ingénieur, devenu chauffeur de taxi depuis la crise de l'industrie sucrière (en 20 ans, Cuba est passé de près de 300 entreprises à 6, puis, actuellement, une vingtaine en activité). Et tous ces ingénieurs, licenciés universitaires, qui vivent de petits travaux en rapport avec le tourisme, non qu'ils ne trouvent rien dans leur secteur, mais parce qu'aller marcher une demi-journée dans la sierra avec deux touristes rapporte bien plus que travailler 1 mois dans son domaine de spécialisation.
Avec tous ça, disons-le pour que les choses soient claires, les Cubains qui se plaignent amèrement sont rares ou en ont après votre porte-monnaie. La plupart critiquent les difficultés liées aux mesures de la période spéciale, le système des deux monnaies, mais ne prétendent pas mourir de faim ou souffrir d'autre chose que de l'embargo. Au contraire, en tout cas à la campagne, ils aiment à souligner tout ce que leur offre leur île. Finalement, c'est en tout cas ce que nous avons pu constater pendant ce séjour, c'est sans doute à La Havane que la vie est la plus difficile. En province, les oeufs, la viande, le poisson, les fruits et les légumes sont abondants et accessibles en monnaie nationale à des prix tout à fait abordables. Le problème principal concerne les biens "de luxe": vêtements, matériel scolaire (mais là encore: nous avons visité ce matin une école de Trinidad et avons appris que les enfants recoivent deux stylos par mois...), cosmétiques et produits culturels (livres, disques, etc.). Nous avons constaté que la plupart de nos interlocuteurs, tout en étant critiques sur certains aspects de la vie ici, sont globalement très positifs et nous narguent gentiment en nous rappelant que l'espérance de vie à Cuba est de 77 ans, qu'ils ne paient pas le moindre peso pour être suivis et soignés lorsqu'ils en ont besoin, et que toutes les formations scolaires et universitaires sont payées par l'Etat.
Evidemment, du discours aux sentiments, de la mauvaise fortune au bon coeur, de ce qui se pense à l'intérieur des maisons à ce qui se chante dans les bars, il y a forcément un décalage qu'il n'est pas facile de percevoir en 20 jours. Mais l'optimisme général, l'énergie, la solidarité des Cubains laissent admiratif. Ici, on ne geint jamais, on agit, même après un ouragan...

Au bilan, il est évident qu'il faudrait voir plus, diversifier les expériences, en revenant si possible à une saison moins chaude, moins troublée, et avec les petits "trucs" acquis lors d'une première visite. Pour l'heure, nous nous réjouissons quand même de rentrer, malgré les amis que nous laissons ici, à Trinidad notamment, amis qui n'ont rien à offrir en souvenir qu'un vieux cahier de musique, une petite dédicace au coin d'un bout de papier ou quelques mots, amis dont on se doute bien qu'il sera difficile de les revoir... Mais telle est la loi du voyage qui, comme le dit Nicolas Bouvier, ne fait pas, mais défait, apprend à SE DÉFAIRE de ce qu'on était, ou de ce qu'on croyait pouvoir être.

Merci à tous nos lecteurs, et à tous ceux qui nous ont envoyé quelques pensées par leurs commentaires et messages divers. Revenez voir ces pages de temps en temps, pour les photos de Cuba, mais aussi pour d'autres clins d'oeil vers l'Amérique latine!

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Bonjour à tous,
Je viens de recevoir un message de nos amis de la section neuchateloise de l'Association Suisse-Cuba concernant la possibilité d'aider les Cubains en cette période difficile d'ouragans. Je vous le transmets tel quel. Demain, nous vous enverrons nos dernieres nouvelles cubaines avant le retour... et les photos!!


Chers ami(e)s,
Comme vous le savez, les Caraïbes vivent des moments dramatiques et Cuba n’a pas été épargnée, non plus, par les ouragans qui se suivent, d’une manière inhabituelle, et sont d’une violence inouïe.
Comme dans les autres régions des Caraïbes, les dégâts à Cuba sont énormes, les maisons détruites se comptent par miliers, l’agriculture est anéantie, heureusement les pertes en vie humaine sont moindres. Aussi, lors du récent Comité national de notre Association, qui s’est tenu le 6 septembre à Zofingen, il a été décidé de lancer, à travers toutes les sections de l’ASC, une collecte d’argent en faveur de Cuba.
Notre section s’y est engagée. Cuba mérite notre soutien et nous faisons, aujourd’hui, appel à votre solidarité pour aider à reconstruire ce pays. Vos dons peuvent être adressés au compte postal de

ASSOCIATION SUISSE-CUBA

Section Neuchâtel

CCP : 23 – 1487 – 7

Avec la mention « Ouragans »

Le Comité de notre section est chargé de transmettre vos dons au Comité National. En effet, les sommes ainsi récoltées seront remises à l’ambassade de Cuba, à Berne. Nous vous tiendrons, bien entendu, au courant de cette action.
Vous remerciant par avance, recevez cher(s) ami(e)s, nos salutations fraternelles.

Le Comité neuchâtelois

mercredi 17 septembre 2008

Il pleut des cordes. Les rivières s'improvisent de nouveaux cours, charrient de la montagne des eaux rougeâtres qui forment des lacs étranges et lugubres, les boeufs et les chevaux en ont jusqu'au ventre, les routes ne sont, par endroit, plus visibles et les rues des villes sont tranformées en canalisations ouvertes. C'est un gros orage comme il y en a tant par ici. Demain, les Cubaines pousseront l'eau hors de leur maison avec des balais et tout recommencera jusqu'à la prochaine fois. Rien de dramatique, somme toute, mais pour nos yeux d'Européens qui s'émeuvent chaque fois qu'il y a cinq centimètres d'eau dans une cave, la "normalité" de cette météo tout en excès (35 degrés à l'ombre la journée, 80% d'humidité, nos fruits et légumes d'été qui ne poussent qu'en hiver, etc.) est bien troublante.

Nous avons traversé aujourd'hui le pays du sud au nord, de Trinidad à Remedios en passant par Sancti Spiritus et Placetas. Si plusieurs pays d'Amérique latine offrent des villes assez invariablement identiques, Cuba a cette spécificité des paysages urbains variés, chaque ville ayant son histoire propre, parfois son architecture typique. On n'y restera pas nécessairement plus d'une journée ou deux, mais à en visiter quelques-unes, comme ça, successivement, on n'a pas l'impression de s'être déplacé et arrêté pour rien.
Sancti Spiritus, capitale de Province, est une ville par bien des aspects aussi charmante que Trinidad, mais négligée du tourisme (et s'en foutant d'ailleurs royalement!). Les bâtiments sont ici aussi tout en couleur, mais plus cossus. Il y a plusieurs beaux marchés dans lesquels on ne voit que des Cubains, la vie s'exprime en monnaie nationale, pas de rabatteurs, pas de propositions louches, bref, un très bon moment. On y trouve également deux des plus vieilles églises du pays, mais celles-ci sont fermées, malheureusement. Reste donc à se balader, à observer les scènes de vie quotidienne, une (vraie) fabrique de cigares, des enfants dans une école, un hôpital, le tout apparaissant qu'on le veuille ou non, à travers les fenêtres sans vitres et à hauteur de visage qu'on longe en se promenant dans les rues.
Placetas, c'est le far-west. De grandes avenues bordées d'anciennes constructions en bois, le camion (soviétique) et le cheval comme seuls moyens de transport, des hommes tous coiffés d'un chapeau, des orchestres de cuivres qui répètent un mélange de jazz, de classique et de musique populaire cubaine autour de la place centrale... on pourrait y tourner un film sans rien changer au décor.
Et Remedios, c'est un vieux village au milieu duquel trone une magnifique église du XVIIIe siècle (fermée elle aussi), où les enfants courent pieds nus dans des rues en terre battue et où chaque coté de la place centrale est animé par un restaurant où l'on paie de préférence, ici encore, en monnaie nationale.
Des villes où on touche de plus près à la vie quotidienne cubaine, à l'artisanat directement utile à la population (fabrication de chaussures, de ceintures, vente d'outils usagés de tout genre, bricolage de vélos, de tracteurs, retapage de meubles, etc.).
Dans toutes les maisons, même les plus modestes (toujours ouvertes sur la rue), on voit des vieux meubles magnifiques, des tableaux aux cadres hors d'âge, des portraits de famille, tous objets qui, en Europe ou dans d'autres pays d'Amérique latine, auraient été éliminés au profit d'un meuble à monter soi-même ou d'un gadget électrique, plus pratique, plus compact... Les appartements cubains sont de vrais musées, toujours impeccables, confortables, où on ne peut pas ne pas s'asseoir, même lorsqu'il s'agit d'attendre 20 secondes.
A la campagne, les Cubains ne se plaignent pas. La vie est en fait moins difficile qu'à la Havane, puisqu'en plus des tiquets d'alimentation, chacun peut facilement se procurer des fruits, de la viande, du pain, etc. Invariablement, on entend des phrases comme: "De quoi devrait-on se plaindre? Nous sommes grands, gros, forts, et travaillons moins qu'en ville". Le chauffeur de taxi qui nous a emmenés aujourd'hui a profité de chaque halte pour remplir son coffre d'articles difficiles à trouver à Trinidad: oranges (qui, ici, ressemblent à des citrons verts), lard et viande fumée, textiles et savons artisanaux à des prix raisonnables, etc.
Une autre facette de cette île multicolore, multiculturelle, multi-tout, qu'il faut prendre le temps de découvrir hors des sentiers battus.

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mardi 16 septembre 2008

Sur Cuba, bastion du socialisme pur et dur, j'avais tout entendu avant de visiter l'île. Et notamment à propos de la liberté d'expression, des risques que courraient les Cubains à critiquer le régime, ou à afficher leur sympathie vis-à-vis des Etats-Unis.
Certes, nous avons rencontré quelques personnes qui, en nous parlant des problèmes actuels de la vie sur l'île, baissaient la voix ou regardaient autour d'eux. Mais il convient de vous faire part de quelques observations qui nous ont nous-mêmes surpris, car en fait de terrible dictature autoritaire et bridant la liberté de pensée, on a vu pire.
Nombre de Cubains se promènent dans la rue avec des casquettes ou des t-shirts à l'effigie des USA: aigles, sigles US-Army, drapeau américain, parfois même sur fond de treillis militaire. Le coca, contrairement à ce qu'on pourrait croire, n'est pas du tout interdit ou introuvable sur l'île. Tous les restaurants ou presque en vendent, parfois même certains commerces. C'est idiot, car le Tukola cubain est bien meilleur. Mais voilà: les irréductibles de la marque américaine ne seront pas frustrés ici et les cannettes de coca ne sont pas dix fois plus chères que celles de tukola, qu'on se le dise.
Dans les boutiques de La Havane, vous trouverez du Ralph Lauren, du Nike ou du Reebok, pour autant que vous en ayez les moyens (comme partout). Ces articles sont en vitrine.
A la télé cubaine, d'excellente qualité dans l'ensemble, on diffuse à partir de 22h des films américains (en général assez bons) en langue originale et sous-titrés en espagnol. Nous avons par exemple vu une partie du Barbier (je ne sais plus le titre exact), avec Johnny Depp. Notre hôte à La Havane, professeur d'histoire à l'Université, auteur des livres dans lesquels les jeunes Cubains apprennent l'histoire, regardait la version espagnole de la chaîne brésilienne Globo.
Il est en revanche interdit de se procurer grace à une parabole ou à un décodeur certaines chaînes des Etats-Unis, et notamment celle diffusée par les Cubains de Miami. Disons-le clairement, nombre de Cubains la regardent, à plein volume, fenêtre ouverte. Avec le nombre de policiers qui passent dans les rues, si ces actes de "subversion" étaient systématiquement et sévèrement punis, les contrevenants seraient plus discrets.
Autre chose encore: les lois sur la restauration sont très sévères sur l'île. Il y a des restaurants officiels, des maisons d'hôtes qui prennent une licence pour offrir également la restauration (c'est le cas de celle où nous logeons actuellement), et des "paladares", maisons particulières qui acquièrent une autorisation pour mettre à la disposition des touristes quelques tables. Dans ces derniers établissements, on ne doit normalement pas servir certains plats réservés aux restaurants (fruits de mer, langoustes), pour ne pas faire de concurrence. Or dans toutes les villes, à tous les coins de rue, non seulement on vous offre des fruits de mer à tour de bras, mais en plus les restaurants illégaux sont légion, à tel point que dans une petite ville comme Trinidad, il est presque difficile de trouver un paladar officiel. On vient vous chercher dans la rue, on vous donne le prix du plat de langouste, et ce sans complexe, devant les voisins, les passants, et à une telle fréquence qu'ici encore, il semble que la "répression" ne soit pas une réalité trop inquiétante pour la majorité des Cubains. A la limite, c'est le restaurateur honnête, avec permis, qui est le plus souvent tracassé par des controles de toutes sortes.
Même observation pour les faux taxis, particuliers qui vous offrent des excursions à des prix plus chers que les agences officielles, et qui sont à tous les coins de rue. Ceux-ci ne se cachent pas et ne regardent pas autour d'eux pour vous faire leur offre. Pas plus que les mendiants, en principe interdits.
A tel point qu'on en vient à se demander s'il n'y a pas un peu de mise en scène de la part de ceux qui chuchotent de petites critiques du régime en vous donnant l'impression qu'il y a des espions cachés partout...

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Comment vous raconter Trinidad sans images?
Il faut imaginer une ville toute colorée au pied d'une chaîne de montagnes et face à la mer des Caraïbes, une ville qu'on appelle parfois "la ville musée", une ville qui pourrait ressembler à une de ces boîtes de bonbons de nos grands-mamans, avec des papiers de toutes les couleurs et le bonbon collé au papier... Marché artisanal, rues pavées, lot impressionnant d'offres touristiques en tout genre, tout y est. Sauf que, bizarrement, malgré les rabatteurs, les nombreuses personnes qui vous offrent en anglais chambres, service de taxi, de restauration (illégale), Trinidad est une ville qu'on n'a pas envie de quitter, où l'on a l'impression de vivre Cuba en profondeur, où on ne se lasse pas de contempler les scènes de rue en tout genre: discussions aux fenêtres, parties de domino, de foot, de volley ou de baseball avec des ballons complètement dégonflés ou des cailloux en guise de balle, etc. Trinidad est donc le paradis du photographe (pas de bol pour vous!), mais aussi du flâneur en quête de conversations avec des Cubains la plupart du temps très simples, très authentiques, et toujours heureux de partager un moment avec un amigo suizo. Nous profitons, donc, et passons des soirées indescriptibles à la Casa de la Trova (maison de la chanson), où nous sommes déjà connus comme le loup blanc, à parler musique avec des artistes en tout genre: purs danseurs de salsa, contemporains de Compay Segundo, où interprètes de la nouvelles chanson cubaine qui m'ont déjà proposé de me transposer toutes les chansons dont je pourrais avoir besoin. Après deux cours de guitare, je suis même rentrée chez moi avec une guitare hors d'âge, bricolée de toute pièce, qu'on m'a prêtée pour que je puisse "practicar un poquito". Voilà pour l'ambiance générale. Ajoutons à cela un logement parfait chez une hôtesse qui aime parler de tout, de ses recettes (exquises) à la politique de l'Amérique latine, toutes sortes de découvertes entre la montagne-jungle toute proche et la mer, et vous avez une vague esquisse des jours que nous passons ici.


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jeudi 11 septembre 2008

Au début de notre sejour, nous vous parlions des différentes manières grâce auxquelles certains Cubains se procurent des CUC (monnaie convertible forte, celle des touristes, mais dont les Cubains doivent se servir pour acheter nombre de produits). Je souhaiterais ici préciser un certain nombre de points, d'abord parce que mon article ne voulait en aucun cas montrer du doigt ces pratiques, souvent plutôt amusantes (ou désolantes, si l'on se place du point de vue de celui qui en est réduit à les utiliser), et puis parce que nous avons rencontré des touristes détestables qui ne savent rien de la situation économique de l'île et se comportent souvent de manière abjecte avec les Cubains.
Premièrement, il faut savoir que les Cubains sont payés et vivent avec une monnaie nationale, le peso cubain, que le touriste n'aura en général pas besoin d'utiliser, sauf pour acheter des fruits, du riz, des haricots dans les marchés pour Cubains. Actuellement, 1 CUC (monnaie touristique équivalente au dollar américain) vaut 24 pesos cubains. Le salaire des Cubains est variable, mais contrôlé de maniere à éviter des inégalités trop flagrantes. Un professeur d'université est payé 800 pesos (un peu moins de 40 CHF par mois). Un gardien de musée environ 300 pesos. En plus de son salaire, chaque Cubain recoit chaque mois un carnet d'alimentation qui donne droit, pour chaque personne vivant sur ce revenu, à 8 oeufs, 500 gr. de poulet, 250 gr. de riz, 1 bol de haricots noirs, du sel, du sucre, 200 gr. de café, un petit pain par jour, du lait pour les enfants jusqu'a 7 ans, un quart de litre d'huile, un savon un mois sur deux, une dose de poudre à lessive un mois sur deux, 1 tube de dentrifrice pour 3 personnes tous les 3 mois, un demi-litre de détergent universel tous les 6 mois. Dans les magasins reservés aux Cubains, ceux-ci peuvent bien sûr acheter un peu plus de chaque chose avec leur salaire, puisque les éléments du carnet ne couvrent pas les besoins mensuels. Le gros problème est l'achat des habits, de boissons en bouteille, de produits cosmétiques ou nettoyantes divers, sans parler des livres, cahiers, stylos, etc., qui ne peuvent être acquis qu'en CUC. Les Cubains ont donc besoin de CUC. Ceux qui travaillent directement avec les touristes en ont facilement. Les autres doivent les trouver d'une manière ou d'une autre, d'où certains procédés un peu limite parfois, ou une insistance à rendre des services moyennant rémunération.
Toutes choses finalement compréhensibles pour peu qu'on observe, qu'on discute, et qu'on essaie de donner directement le bien manquant: t-shirts, habits, chaussures, savon, dentrifrice, brosses à dents, etc. La gratitude est souvent mille fois plus visible que si l'on tend un billet. Essayez un peu de donner un savon à une mendiante des Saintes-Maries-de-la-Mer et vous me raconterez...
Encore un exemple concret de cette situation économique difficile. Nous avons rencontré à Cienfuegos un conducteur de calèches qui nous a fait decouvrir la ville, nous a amenés chez des Cubains ou nous avons mangé comme des princes, nous a donné de nombreuses indications précieuses. Il est architecte. Sa femme urgentiste. A eux deux, ils gagnent moins en un mois que lui avec son cheval en un week-end, transportant des touristes (ce qu'il n'a absolument pas le droit de faire). En utilisant son taxi, on le fait donc entrer dans l'illégalité. S'il se fait remarquer par la police, l'amende peut être sévere. Mais on rencontre un Cubain, on discute, on échange, on donne un savon ou un pull et, concrètement, avec les dix CUC qu'on laisse pour toute une soirée passée à découvrir, on aide...
Certains touristes prennent très mal cette situation, se fâchent contre l'insistance de ceux qui offrent leur service, contre l'inégalité des prix Cubains / touristes. Ce sont ceux dont le principe de voyage est un billet d'avion cher contre 3 semaines de vie pour rien. Ceux qui voudraient que tout en maintenant un blocus infame contre cette île, on vienne ici se bronzer sur les plages, danser, manger des fruits de mer, au même prix que les Cubains... qui ne peuvent pas faire tout cela!

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Etant donné les conditions climatiques, nous ne pourrons pas aller jusqu'à la province de Manzanillo où nous aurions dû visiter l'école de musique Manuel Navarro Luna et remettre le matériel que nous avons apporté ici. Grosse déception, en partie consolée par la bonne volonté de la directrice de l'ICAP (Institut Cubain pour l'Amitié entre les Peuples) où nous logions, qui nous a proposé de nous arranger une visite de l'école de musique de Cienfuegos. Nous avons donc pris l'initiative de remettre une partie du matériel à Cienfuegos et de faire acheminer l'autre partie à Manzanillo par l'intermédiaire de l'ICAP.
Deux téléphones et l'école de musique Benny Moré, fermée normalement jusqu'à lundi, s'est ouverte spécialement pour nous. Une délégation d'une dizaine d'élèves avait été convoquée. Ils nous ont joué quelques pièces, nous avons discuté, découvert la structure de l'école puis presenté le matériel qui a beaucoup touché les professeurs et la directrice.
J'ai un enregistrement du concert mais, comme pour les photos, il est impossible ici de télécharger quoi que ce soit. J'espère donc que vous reviendrez voir ces pages après notre retour pour les découvrir plus complètes.
Le systeme d'éducation cubain est l'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur d'Amérique latine. L'école est gratuite, ce qui n'est pas évident dans cette région du monde. A Cuba, les enfants sont suivis en fonction de leurs problèmes ou de leurs talents spécifiques, et c'est de cette manière qu'on recrute par exemple les futurs musiciens, qu'on crée des classes spéciales pour des enfants ayant besoin d'un suivi médical spécifique (par exemple pour les mal-voyants).
L'école de musique que nous avons visitée permet aux enfants de suivre les cours normaux de langue, mathématiques, histoire, etc. le matin, et de faire de la musique l'après-midi. L'enseignement comprend l'apprentissage d'un instrument spécifique, vers lequel l'enfant est dirigé en fonction de ses goûts, mais également de sa constitution physique (!). Tous suivent en outre des classes communes de solphège et d'histoire de la musique, des cours de piano et de chant. L'école en question forme des enfants aux degrés primaires et secondaires, qui iront ensuite se perfectionner dans une autre province. En lieu et place du service militaire, ils sont affectés comme professeurs de musique dans une école puis deviennent ensuite ou professeurs, ou musiciens d'ensemble, ou solistes. Il semble que la carrière musicale puisse se faire sans problème à Cuba et que ces enfants aient donc un avenir assuré.
Le niveau des éleves que nous avons entendus était en tout cas excellent, et vu l'état de certains instruments (notamment la guitare du premier prix 2008 de musique classique), nous ne doutons pas de l'utilité de notre donation...

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